‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 19 sur 88 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

L*orieiit jaillit comme un fleuve ;

La lumière coule à long flot, La terre lui sourit et le ciel s'en abreuve , Et de ces cieux vieillis l'aube sort aussi neuve Que l'aurore dii jour qui sortit du Très-Haut.

Soleil , voile de feu dont ton maître se couvre , Quand lu reviens frapper les voûtes de la nuit, Le firmament résonne et l'espace s'entr'ouvre , Et Jéhova se montre à l'ombre qui te fuit.

La terre épanouie aux rayons qui la dore , Nage plus mollement dans l'élastique élher, Comme un léger nuage enlevé par l'aurore Plane avec majesté sur les vagues de l'air.

Les dômes des forêts que les brises agitent,

Bercent le frais, et l'ombre , et les chœurs des oiseaux ;

Et le souffle plus pur des ondes qui palpitent Parfume en s*exhalant le lit voilé des eaux.

Et des pleurs de la nuit le sillon boit la pluie , Et les lèvres des fleurs distillent leur encens, Et d*un sein plus léger Thomme aspire la vie , Et l'esprit plus divin se dégage des sens.

Et tandis que le vice , amoureux des ténèbres , Ferme les yeux au jour et regrette la nuit , Et que rimpur serpent presse ses nœuds funèbres Pour échapper plus vile au rayon qui le suit,

Celui qui sait d où vient l'aurore qui se lève , Ouvre ses yeux noyés d'allégresse et d'amour, 11 reprend son fardeau que la vertu soulève , S'élance et dit : marchons à la clarté du jour!

Mais déjà les rayons remontent des vallées.

Et le chant des pasteurs plus plaintif et plus lent, Comme la triste voix des heures écoulées, Comme le vent qui meurt sur les cimes voilées. Semble pleurer en s'exhalant.

L'œil aux flancs des: coteaux poursuivant la lumière ,

Sent le jour défaillir sous sa morne paupière;

Les brises du matin se posent pour dormir,

Le rivage se tait, la voile tombe vide,

La mer roule à ses bords la nuit dans chaque ride ,

Et tout ce qui chant-ait semble à présent gémir.

Et les songes menteurs, et les vaines pensées , Que du front des mortels la lumière a chassées , Et que la nuit couvait sous ses ailes glacées , Descendent avec elle et voilent l'horizon ; L'illusion se glisse en notre âme amollie , Et Fair plein de silence et de mélancolie , Des pavots du sommeil enivre la raison.

Et Toiseau de la nuit sort des antres funèbres, Ouvre avec volupté ses yeux lourds aux ténèbres , Gémit , et croit chanter, dans Tombre où son œil luit ; Et l'homme dont les pas et le cœur aiment l'ombre, Dit en portant les yeux au firmament plus sombre : Sortons, Dieu s'est caché ; sortons, voici la nuit !

Et la foule ressemble, en son bruyant délire,

A ces aveugles passagers Qui prolongent leur veille aux accords de la lyre , Et dansent si^r le pont pendant que le navire De l'ombre et de la vague affronte les dangers.

Mais nous , enfants du jour, qui croyons aux étoiles , Nous qui savons l'écueil sous l'écume caché , Aux hasards de ces nuits ne livrons pas nos voiles, Sur le phare immortel veillons Tœii «ittaché. Rassemblons-nous, prions! Pendant que le jour tombe, Craignons . craignons la nuit , image de la tombe ; Dieu seul tient la lumière et Tombre dans sa main; Qui sait'si dans le vide où son vieux disque nage , Le soleil de nos bords reprendra le chemin?

ET RELIGIEUSES. liMI

Prions I Le jour au jour ne donne point de gage , Et le dernier rayon, en sortant du nuage, Ne nous a pas juré de remonter demain.

En Dieu seul , ô mortels , fermons donc nos paupières ! Et du jour à la nuit remettant l'encenscfir, Endormons-nous dans nos prières , Comme le jour s'endort dans les parfums du soir.

Chaque heure a son tribut, son encens, son homma<!;e, Qu'elle apporte en mourant aux pieds de Jéhova ; Ce n'est qu'un même sens dans un divers langage , Le matin et le soir lui disent : Hosanna !

La nature a deux chanls , de bonheur, de tristesse , Qu'dle rend tour à tour ainsi que notre cœur; De Tune à l'autre note elle passe sans cesse : Homme 1 l'une est ta joie , et l'autre ta douleur !

L'une sort du matin et chante avec l'aurore, L'autre gémit le soir un triste et long adieu ; Au premier, au second , le ciel répond : Adore ! Et de l'hymne étemel le mot unique est Dieu !

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