‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 3 sur 88 · L'HYMNE DE LA NUIT · texte numérisé non relu

L'HYMNE DE LA NUIT

Le jour s'éteint sur tes collines, terre où languissent mes pas !

Quand pourrez-vous, mes yeux, quand pou rrez-vous, hélasî Saluer les splendeurs divines Du jour qui ne s'éteindra pas?

Sont-ils ouverts pour les ténèbres Ces regards altérés du jour?

De son éclat, ô Nuit! à tes ombres funèbres Pourquoi passent-ils tour à tour?

Mon âme n'est point lasse encore D'admirer l'œuvre du Seigneur; Les élans enflammés de ce sein qui l'adore N'avaient pas épuisé mon cœur I

Dieu du jour! Dieu des nuits! Dieu de toutes les heures ! Laisse-moi m'envoler sur les feux du soleil ! Où va vers l'occident ce nuage vermeil?

HAaMONIES POÉTIQUES. 19

11 va Vt)iler le seuil de tes saintes demeures Où Toeil ne connaît plus la nuit ni le sommeil 1 Cependant ils sont beaux à l'œil de Fespérance Ces champs du firmament ombragés par la nuit; Mon Dieu ! dans sesiléserts mon œil retrouve et suit Les miracles de ta présence?

Ces chœurs étincelants que ton doigt seul conduit , Ces océans d'azur où leur foule s'élance , Ces fanaux allumés de distance en distance , Cet aslre qui parait, cet astre qui s'enfuit , Je les comprends, Seigneur! tout chante, tout m'instruit Que l'abîme est comblé par ta magnificence, Que les cieux sont vivants, et que ta providence Remplit de sa vertu tout ce qu'elle a produit ! Ces flots d'or, d'azur, de lumière, * Ces mondes nébuleux que l'œil ne compte pas,

mon Dieu , c'est la poussière

Qui s'élève sous tes pas 1

nuits, déroulez en silence Les pages du livre des cieux ; • Astres, gravitez en cadence \

Dans vos sentiers harmonieux; Durant ces heures solennelles , Aquilons, repliez vos ailes ; Terre , assoupissez vos échos ; Étends tes vagues sur les plages , mer ! et berce les images Du Dieu qui t'a donné tes flots.

i( HARMONIES POÉTIQUES

Savez-vous son nom? La nature •

Réunit en vain ses cenl voix ,

L*étoile à i'étoiie murmure :

Quel Dieu nous imposa nos lois?

La vague à la vague demande :

Quel est celui qui nous gourmande?

La foudre dit à l'aquilon :

Sais-tu comment ton Dieu se nomme?

Mais les astres, la terre et Thomme

Ne peuvent achever son nom.

Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon âme î Tombez , murs impuissants , tombez I

Laissez-moi voir ce ciel que vous me dérobez !

Architecte divin, tes dômes sont de flamme !

Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon âme ! Tombez, murs impuissants, tombez !

Voilà le temple où tu résides I Sous la voûte du firmament Tu ranimes ces feux rapides Par leur éternel mouvement!

Tous ces enfants de ta parole , Balancés sur leur double pôle , Nagent au sein de tes clartés , Et des cieux où leurs feux pâlissent Sur notre globe ils réfléchissent Des feux à toi-même empruntés !

"^ L*océan se joue

Aux pieds de son Roi ; L'aquilon secoue Ses ailes d'effroi; •

La foudre te loue Et combat pour toi ; L'éclair, la tempête , Couronnent ta tête D'un triple rayon :

L'aurore t'admire , Le jour te respire , La nuit te soupire , ' Et la terre expire D'amour à ton nom 1

Et moi , pour te louer, Dieu des soleils , qui sui&-je? Atome dans l'immensité , Minute dans l'éternité.

Ombre qui passe et qui n'a plus été , Peux-tu m'entendre sans prodige?

Ah ! le prodige est ta bonté !

Je ne suis rien , Seigneur, mais ta soif me dévore ; L'homme est néant, mon Dieu, mais ce néant t'adore ,

Il s'élève par son amour ; Tu ne peux mépriser l'insecte qui t'honore ; Tu ne peux repousser cette voix qui t'implore , Et qui vers ton divin séjour.

Quand l'ombre s'évapore , S'élève avec l'aurore , Le soir gémit encore ,

H HAfiMONlËS !>OÉTIQUEâ.

Renaît avec le jour.

Oui, dans ces champs d'azur que ta splendeur inonde , Où Ion tonnerre gronde , Où lu veilles sur moi , Ces accents , ces soupirs animés par la foi , Vont chercher, d'astre en astre, un Dieu qui me réponde, Et d'échos en échos, comme des voix sur l'onde , Roulant de monde en monde , Retentir jusqu'à toi.

ÎÎI.

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