III. 2S
Us n'ont pas dans mon âme imprimé plus de trace
Que le nuage sur les flotâl Ils sont à mon oreille une langue étrangère Qu'on entend résonner et qu'on ne comprend pas ; El j'ai même oublié Timpression légère Qu'ils faisaient sur mon cœur quand j'étais d'ici-bas !
Ah 1 qu'une seule idée à sa source élancée
Fait franchir de distance à l'âme qui la suit !
Qu'un seul rayon d'en haut éclaire de pensée !
Le jour diffère moins des ombres de la nuit,
Et le couchant , Seigneur, est mo'ns loin de l'aurore.
Que l'âme qui t'adore
De l'âme qui te fuit !
Depuis que des mortels abandonnant la scène , J'ai rejeté le pain dont leurs cœurs sont nourris, Mes cheveux ont blanchi comme le tronc du chêne , . En rides sur mon front mes jours se sont écrits 1 Et les ans, lourds anneaux ajoutés à ma chaîne , Ont courbé sous leur poids mes membres amaigris. Mais je n'ai pas compté combien de fois la terre A respiré d'en haut le souffle du printemps !
Combien de fois sur mon roc solitaire L'aigle a changé sa plume et le chêne ses glands I A mon âme , ô mon Dieu , de toi seul possédée , Que sert un temps écrit? que sert un jour compté ? Tous les temps n'ont qu'un jour à qui n'a qu'une idée , Celui qui vit en toi date en éternité !
ET RËLlGtËUSEâ. «67
Le silence et la solitude
De leur rouillé ont usé mes sens , Mon oreille des sons a perdu Thabitude , Ma bouche pour parler cherche en vain des accents;
Mon corps, courbé par la prière , Insensible au soleil , aux hivers endurci ,
Est aussi rude que la pierre
Que mes pieds nus foulent ici 1
Mais le sens qui l'adore a grandi dans mon âme , C'est le seul désormais dont ma vie ait besoin ; Il voit , il sent, il touche , il entend , il proclame Les choses de plus haut et son Dieu de plus loinl Pour s'élever à toi mon aile est plus rapide , Mon esprit plus muet en toi s'anéantit !
Ainsi plus le temple est vide , Plus récho sacré retentit !