‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 14 sur 48 · A M. DE C · texte numérisé non relu

A M. DE C

Alix bords de Ion lac enchanté , Loin des sols préjugés que l'erreur déifie, Couvert du bouclier de ta philosophie , Le temps n'emporte rien de ta félicité; Ton matin fut brillant ; et ma jeunesse envie L'azur calme et serein du beau soir de ta vie.

Ce qu'on appelle nos beaux jours N'est qu'un éclair brillant dans une nuit d'orage ;

Et rien , excepté nos amours ,

N'y mérite un regret du sage.

Mais, que dis-je? on aime à tout âge : Ce feu durable et doux, dans l'ànie renfermé, Donne plus de chaleur en jetant moins de flamme ;

loi MÉDITATIONS

C/esl 1p souffle rlivin dont tout homme est formé, Il ne s'éteint qu'avec son âme.

Étendre son esprit , resserrer ses désirs, C'est là ce grand secret ignoré du vulgaire : Tu le connais , ami , cet heureux coin de (erre Renferme tes amours, tes goûts et tes plaisirs; Tes vœux ne passent point ton champêtre domaine, Mais ton esprit plus vaste étend son horizon ; Et du monde embrassant la scène.

Le flambeau de l'étude éclaire ta raison.

Tu vois qu'aux bords du Tibre, et du Nil et du Gange, En tous lieux , en tous temps, sous des masques divers. L'homme partout est l'homme , et qu'en cet uni\ ers Dans un ordre éternel tout passe , et rien ne change: Tu vois les nations s'éclipser tour à tour

Comme les astres dans l'espace;

De mains en mains le sceptre passe; Chaque peuple a son siècle , et chaque homme a son joiu',

Sujets à cette loi suprême , Empire , gloire , liberté , Tout est par le temps emporté :

Le temps emporta les dieux mémo De la crédule antiquité, Et ce que les mortels, dans leur orgueil exliême , Osaient nommer la vérité!

Au milieu de ce grand nuage,

rOl'TIQUlîS 155

l{t''[)Oiuls-iuui : que fera le sage Toujours entre le doute et l'erreur combattu? .

Content du peu de jours qu'il saisit au passage ,

Il se hâte d'en faire usage

Pour le bonheur et la vertu.

J'ai vu ce sage heureux; dans ses belles demeures

3'ai goûté l'hospitalité :

A l'ombre du jardin que ses mains ont planté , Aux doux sons de sa lyre il endormait les heures

En chantant sa félicité.

Soyez touché, grand Dieu, de sa reconnaissance. Il ne vous lasse point d'un inutile vœu ; Gardez-lui seulement sa rustique opulence; Donnez tout à celui (pii vous demande peu.

Des doux objets de sa tendresse Qu'à son riant foyer toujours environné, Sa femme et ses enfants couronnent sa vieillesse , Comme de ses fruits mûrs un arbre est couronné ; Que sous l'or des épis ses collines jaunissent; Qu'au pied de son rocher son lac soit toujours pur; Que de ses beaux jasmins les ombres épaississent ; Que son soleil soit doux , cpie son ciel soit d'azur, Et que pour l'étranger toujours ses vins mûrissent.

Pour moi , loin de ce port de la félicité , Hélas ! par la jeunesse et l'espoir emporté , Je vais tenter encore et les tlots et l'orage ;

Mais ballotté par l'onde et fatigué du vent, Au yied de ton rocher sauvage, Ami , je reviendrai souvent

Rattacher, vers le soir, ma barque à ton rivage.

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