A M. OE BON ALI
Inipavidum fcricnt ruina;.
lIonAT., od. j, liv. m
Ainsi , quand parmi les tempêtes.
Au sommet brûlant du Sina, .Jadis le plus grand des prophètes Gravait les tables de Juda ; Pendant cet entretien sublime .
Un nuage couvrait la cime Du mont inaccessible aux yeux .
Et, tremblant aux coups du tonnerre .luda , couché dans la poussière .
Vit ses lois descendre des cieux.
Ainsi , des sophistes célèbres Dissipant les fausses clartés , Tu tire? du sein des ténèbres
18i MÉDITATIONS
D'ébloiiissanles vérités.
Ce voile qui des lois premières Couvrait les augustes mystères ' Se déchire et tombe à ta voix ; Et tu suis ta roule assurée Jusqu'à cette source sacrée Où le monde a puisé ses lois.
Assis sur la base immuable
De l'éternelle vérité,
Tu vois d'un œil inaltérable
Les phases de l'humanité.
Secoués de leurs gonds antiques ,
Les empires , les républiques
S'écroulent en débris épars ;
Tu ris des terreurs où nous sommes :
Partout où nous voyons les hommes,
Un Dieu se montre à les regards !
En vain par quelque faux système Un système faux est détruit; Par le désordre à l'ordre même L'univers moral est conduit.
Et comme autour d'un astre unique , La terre , dans sa route oblique , Décrit sa route dans les airs , Ainsi , par une loi plus belle .
Ainsi la justice éternelle Est le pivot de l'univers.
Mais quoi ! tandis que le génie Te ravit si loin de nos yeux , Les lâches clameurs de l'envie Te suivent jusque dans les cieux !
Crois-moi, dédaigne d'en descendre.
Ne t'abaisse pas pour entendre Ces bourdonnements détracteurs.
Poursuis ta sublime carrière, Poursuis : le mépris du vulgaire Est l'apanage des grands cœurs.
Objet de ses amours frivoles.
Ne l'as-tu pas vu tour à tour Se forger de frêles idoles Qu'il adore et brise en un jour?
N'as-tu pas vu son inconstance De l'héréditaire croyance Éteindre les sacrés llambeaux?
Brûler ce qu'adoraient ses pères , Et donner le nom de lumières A l'épaisse nuit des tombeaux !
Secouant ses antiques rênes, Mais par d'autres tyrans flatté , Tout meurtri du poids de ses chaînes , L'entends-tu crier : Liberté!
Dans ses sacrilèges caprices , Le vois-tu , donnant à ses vices Les noms de toutes les vertus, Traîner Socrate aux gémonies,
Pour faire en dos lemple-î impies L'apothéose d'Anitiis?
Si , pour caresser sa faiblesse , Sous tes pinceaux adulateurs, Tu parais du nom de sa2;esse Les leçons de ses corrupteurs , Tu verrais ses mains avilies Arrachant des palmes flétries De quelque front déshonoré , Les répandre sur ton passage , Et, changeant la gloire en outrage, T offrir un triomphe abhorré 1
Mais, loin d'abandonner la lice
Où ta jeunesse a combattu ,
Tu sais que l'estime du vice
Est un outrage à la vertu.
Tu t'honores de tant de haine ;
Tu plains ces faibles cœurs qu'entraîne
Le cours de leur siècle égaré ;
Et, seul contre le flot rapide,
Tu marches d'un pas intrépide
Au but que la gloire a montré 1
Tel un torrent, fils de l'orage, En roulant du sommet des monts , S'il rencontre sur son passage Un chêne , l'orgueil des vallons , 11 s'irrite, il écume, il gronde,
POÉTIQUES. t87
II presse des plis de son onde L'arbre vainement menacé :
Mais, debout parmi les ruines, Le chêne aux profondes racines Demeure : et le fleuve a passé.
Toi donc , des mépris de ton âge Sans être jamais rebuté , Retrempe ton mâle courage Dans les flots de l'adversité !
Pour cette lutte qui s'achève Que la vérité soit ton glaive, La justice ton bouclier.
Va , dédaigne d'autres armures :
El si tu reçois des blessures, Nous les couvrirons de laurier?
Vois-tu dans la carrière antique.
Autour des coursiers et des chars , • Jaillir la poussière olympique Qui les dérobe à nos regards?
Dans sa course ainsi le génie Par les nuages de l'envie îtlarche longtemps environné ; Mais au terme de la carrière, Des flots de l'indigne poussière 11 sort vain([uour ot couronné.