‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 21 sur 48 · A M. OE BON ALI · texte numérisé non relu

A M. OE BON ALI

Inipavidum fcricnt ruina;.

lIonAT., od. j, liv. m

Ainsi , quand parmi les tempêtes.

Au sommet brûlant du Sina, .Jadis le plus grand des prophètes Gravait les tables de Juda ; Pendant cet entretien sublime .

Un nuage couvrait la cime Du mont inaccessible aux yeux .

Et, tremblant aux coups du tonnerre .luda , couché dans la poussière .

Vit ses lois descendre des cieux.

Ainsi , des sophistes célèbres Dissipant les fausses clartés , Tu tire? du sein des ténèbres

18i MÉDITATIONS

D'ébloiiissanles vérités.

Ce voile qui des lois premières Couvrait les augustes mystères ' Se déchire et tombe à ta voix ; Et tu suis ta roule assurée Jusqu'à cette source sacrée Où le monde a puisé ses lois.

Assis sur la base immuable

De l'éternelle vérité,

Tu vois d'un œil inaltérable

Les phases de l'humanité.

Secoués de leurs gonds antiques ,

Les empires , les républiques

S'écroulent en débris épars ;

Tu ris des terreurs où nous sommes :

Partout où nous voyons les hommes,

Un Dieu se montre à les regards !

En vain par quelque faux système Un système faux est détruit; Par le désordre à l'ordre même L'univers moral est conduit.

Et comme autour d'un astre unique , La terre , dans sa route oblique , Décrit sa route dans les airs , Ainsi , par une loi plus belle .

Ainsi la justice éternelle Est le pivot de l'univers.

Mais quoi ! tandis que le génie Te ravit si loin de nos yeux , Les lâches clameurs de l'envie Te suivent jusque dans les cieux !

Crois-moi, dédaigne d'en descendre.

Ne t'abaisse pas pour entendre Ces bourdonnements détracteurs.

Poursuis ta sublime carrière, Poursuis : le mépris du vulgaire Est l'apanage des grands cœurs.

Objet de ses amours frivoles.

Ne l'as-tu pas vu tour à tour Se forger de frêles idoles Qu'il adore et brise en un jour?

N'as-tu pas vu son inconstance De l'héréditaire croyance Éteindre les sacrés llambeaux?

Brûler ce qu'adoraient ses pères , Et donner le nom de lumières A l'épaisse nuit des tombeaux !

Secouant ses antiques rênes, Mais par d'autres tyrans flatté , Tout meurtri du poids de ses chaînes , L'entends-tu crier : Liberté!

Dans ses sacrilèges caprices , Le vois-tu , donnant à ses vices Les noms de toutes les vertus, Traîner Socrate aux gémonies,

Pour faire en dos lemple-î impies L'apothéose d'Anitiis?

Si , pour caresser sa faiblesse , Sous tes pinceaux adulateurs, Tu parais du nom de sa2;esse Les leçons de ses corrupteurs , Tu verrais ses mains avilies Arrachant des palmes flétries De quelque front déshonoré , Les répandre sur ton passage , Et, changeant la gloire en outrage, T offrir un triomphe abhorré 1

Mais, loin d'abandonner la lice

Où ta jeunesse a combattu ,

Tu sais que l'estime du vice

Est un outrage à la vertu.

Tu t'honores de tant de haine ;

Tu plains ces faibles cœurs qu'entraîne

Le cours de leur siècle égaré ;

Et, seul contre le flot rapide,

Tu marches d'un pas intrépide

Au but que la gloire a montré 1

Tel un torrent, fils de l'orage, En roulant du sommet des monts , S'il rencontre sur son passage Un chêne , l'orgueil des vallons , 11 s'irrite, il écume, il gronde,

POÉTIQUES. t87

II presse des plis de son onde L'arbre vainement menacé :

Mais, debout parmi les ruines, Le chêne aux profondes racines Demeure : et le fleuve a passé.

Toi donc , des mépris de ton âge Sans être jamais rebuté , Retrempe ton mâle courage Dans les flots de l'adversité !

Pour cette lutte qui s'achève Que la vérité soit ton glaive, La justice ton bouclier.

Va , dédaigne d'autres armures :

El si tu reçois des blessures, Nous les couvrirons de laurier?

Vois-tu dans la carrière antique.

Autour des coursiers et des chars , • Jaillir la poussière olympique Qui les dérobe à nos regards?

Dans sa course ainsi le génie Par les nuages de l'envie îtlarche longtemps environné ; Mais au terme de la carrière, Des flots de l'indigne poussière 11 sort vain([uour ot couronné.

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