‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 24 sur 48 · I. Ceci était éciit en I8IÔ · texte numérisé non relu

I. Ceci était éciit en I8IÔ

Colline de Baïa ! poétique séjour!

Voluptueux vallon qu'habita tour à tour

Tout ce qui fut grand dans le monde.

Tu ne retentis plus de gloire ni d'amour. Pas une voix qui me réponde , Que le bruit plaintif de cette onde ,

Ou l'éclio réveillé des débris d'alentour !

Ainsi tout change, ainsi tout passe; Ainsi nous-mêmes nous passons, Hélas! sans laisser plus de trace Que celte barque où nous glissons Sur cette mer où tout s'etface.

XXH.

LE TE.AIPLK,

Qifil est doux , quand du soir l'étoile >olilaii-e , Précédant de la nuit le char silencieux , S'élève lentement dans la voûte des cieux , Et que l'ombre et le jour se disputent la terre; Qu'il est doux de porter ses pas religieux Dans le fond du vallon , vers ce temple rustique Dont la mousse a couvert le modeste portique , Mais ou le ciel encor parle à des cœurs pieux 1 Salut, bois consacré! Salut, champ funéraire. Des tombeaux du village humble dépositaire ; Je bénis en passant tes simples monuments. Malheur à qui des morts profane la poussière ! J'ai fléchi le genou devant leur humble pierre, Et la nef a reçu mes pas retentissants. Quelle nuit! quel silence! au fond du sanctuaire A peine on aperçoit la tremblante lumière De la lampe qui brûle auprès des saints autels. Seule elle luit encor quand l'univers sommeille .

Emblème consolant de la bonté qui veille Pour recueillir ici les soupirs des mortels.

Avançons. Aucun bruit n'a fra})pc mon oreille;

Le par\is frémit seul sous mes pas mesurés,

Du sanctuaire enfin j'ai franchi les degrés.

Murs sacrés! saints autels! je suis seul, et mon àmc

Peut verser devant vous ses douleurs et sa flamme ,

Et confier au ciel des accents ignorés ,

Que lui seul connaîtra , que vous seuls entendrez.

Mais quoi ! de ces autels j'ose approcher sans crainte!

.T'ose apporter, grand Dieu ! dans cette auguste enceinte

Un cœur encor brûlant de douleur et d'amour!

Et je ne tremble pas que ta majesté sainte

Ne venge le respect qu'on doit à son séjour!

Non : je ne rougis plus du feu qui me consume :

L'amour est innocent quand la vertu l'allume.

Aussi pur que l'objet à qui je l'ai juré ,

Le mien brûle mon cœur, mais c'est d'un feu sacré ;

La constance l'honore et le malheur l'éjune.

Je l'ai dit à la terre, à toute la nature;

Devant tes saints autels' je l'ai dit sans effroi :

.l'oserais. Dieu puissant, la nommer devant toi.

Oui , malgré la terreur que ton temple m'inspire ,

Ma bouche a murmuré tout bas le nom d'Elvire ;

Et ce nom répété de tombeaux en tombeaux,

Comme l'accent plaintif d'une ombre qui soupire ,

De l'enceinte funèbre a troublé le repos.

Adieu, froids monuments! adieu, saintes demeures!

POKTIQUES. 199

l)(ii\ l'ois r(''cho nocturne a répété le> Ikmih'.s

T)e[)His que devant vous mes larmes ont roulé :

Le ciel a vu ces pleurs, et je sors console.

Peut-être au même instant, sur un aulre rivage,

Elvire veille aussi , seule avec mon image ,

Et dans un temple obscur, les yeux baignés de pleurs ,

Vient aux autels déserts confier ses douleurs.

xxin.

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