‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 28 sur 48 · A LA ROCHE-GUYON · texte numérisé non relu

A LA ROCHE-GUYON

Ici viennent mourir les derniers bruits du monde , Nautoniers sans étoile , abordez ! c'est le port : Ici l'âme se plonge en une paix profonde , El cette paix n'est pas la mort.

Ici jamais le ciel n'est orageux ni sombre ; Un jour égal et pur y repose les yeux : C'est ce vivant soleil dont le soleil est l'ombre , Qui le répand du haul des cieux.

Comme un homme éveillé longtemps avant l'aurore , Jeunes, nous avons fui dans cet heureux séjour; Notre rêve est fini , le vôtre dure encore : Éveillez- vous ! voilà le jour.

Cœurs tendres , approchez! ici l'on aime encore; Mais l'amour, épuré , s'allume sur l'autel :

Tout ce qu'il a d'humain à ce feu s'évapore ; Tout ce qui reste est immortel !

La prière, qui veille en ces saintes demeures, De l'astre matinal nous annonce le cours; Et . conduisant pour nous le char pieux des heures. Remplit et mesure nos jours.

L'airain relisrieux s'éveille avec l'aurore, Il môle notre hommage à la voix des zéphyrs; Et les airs . ébranlés sous le marteau sonore, Prennent l'accent de nos soupirs.

Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure , S'élève un simple autel : Roi du ciel, est-ce toi? Oui , contraint par l'amour, le Dieu de la nature Y descend . visible à la foi.

Que ma raison se taise, et que mon cœur adore! La croix à mes regards révèle un nouveau jour; Aux pieds d'un Dieu mourant puis-je douter encore'? Non : lamour m'explique l'amour.

Tous ces fronts prosternés, ce feu qui les embrase . Ces parfums, ces soupirs s'exhalant du saint lieu , Ces élans enflammés, ces larmes de l'extase. Tout me répond que c'est un Dieu.

Favoris du Seigneur, souffrez qu'à votre exemple. .4insi qu'un mendiant aux portes du paiai- .

.l'adore aussi de loin, sur le seuil de son temple, Le Dieu qui vous donne la paix.

Ah! laissez-moi mêler mon hymne à vos louanges! Que mon encens souillé monte avec votre encens. Jadis les fils de l'homme aux saints concerts des anges Ne mêlaient-ils pas leurs accents?

Du nombre des vivants chaque aurore m'efface; .Fe suis rempli de jours , de douleurs , de remords. Sous le portique obscur venez marquer ma place , Ici , près du séjour des morts !

Souffrez qu'un étranger veille auprès de leur cendre. Brûlant sur un cercueil comme ces saints flambeaux . La mort m'a tout ravi , la jnort doit tout me rendre; .l'attends le réveil des tombeaux!

Ah! puissé-je près d'eux, au gré de mon envie, A l'ombre de l'autel , et non loin de ce port . Seul , achever ainsi les restes de ma vie Entre l'espérance et la mort !

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