SCÈNE IV
PHILIPPE, Mademoiselle D'HABVILLE, BEAU- VOISIS. Mademoiselle d'HarflUe est Msise auprès de U table, Philippe est à sa droite ; elle signe de loin en loin des papiers que Philippe dépose sur la table.
BEAUVOISIS
Je suis venu vous demander à déjeuner en famille; d'abord, mon aimable tante, pour vous présenter mes hommages, et puis pour vous re« merci^. Vous avez vu Aaron.
MADEMOISELLE d'HABVILLE.
Je le vois beaucoup trop souvent.
BEAUVOISIS
Ce n'est pas ma faute, les chevaux anglais sont hors de prix. Moi , les chevaux et l'Opéra, voilé ce qui me ruine.
PHILIPPE
Monsieur change si souvent !
BEAUVOISIS
C'est vrai , c'est ce que je me dis tous les jours ; je dépense un argent fou, à moi et à ma tante; mais que voulez-vous?
Air : Du Fleure de la vie.
L'argent n'est rien^ il Taut qu'on brille. Que dans Paris on soit cité ; Pour faire honneur À ma famille.
Je dépense avec dignité.
Sons des titres comme les ndtres, Il est noble, il est de bon goût De ne Jamais compter...
PHILIPPE
Surtout Quand c'est l'argent des autres.
BEAUVOISIS
C'est le seul moyen de se faire remarquer. Si nous avions une bonne guerre , ce serait bien plus économique. Je ferais parler de moi , ou je me ferais tuer; et cela ne vous coûterait pas ai cher.
MADEMOISELLE D'HARVILLE
Exposer vos jours ! vous , le dernier des d'Harville ! Non , mon neveu , et puisque nous en som-
mes sur ce chapitre , Je vous dirai que vous voas devez à yoos-méme et à votre funille plus de tenue, plus de modératioD. Qu'est-ce que cette aventure dont on parlait hier dans les salons?
BEIUVOISIS.
Quoi ! vous sauriez ?... Cela vous a inquiétée ?
MADEMOISELLE D'HARVILLE
Beaucoup.
BEAtJVOISIS.
Vous connaissez cependant mon adresse, et puis , cette fois , Je n'avais pas tort. J'avais remarqué à rOpéra... car je suis un fidèle... Nous sommes toujonrs là, moi, ou ma lorgnette, en gants blancs, balcon des premières, à droite, c'est mon côté , vous savez. J'avais remarqué une Jeune élève de Terpsicbore, oh ! une taille! un r^;ard céleste , un coude-pi^ ravissant.
MADEMOISELLE d'HABVILLE.
Mon neveu!...
BEAUVOISIS
N'ayez donc pas. peur, j'ai du tact, Je sais gazer. Autrefois , nous dansions sans déroger ; par conséquent les danseuses, ça nous revient; ce n'est pas noble , mais c'est gentil ; par malheur, c'est léger, et on voulait me persuader que j'avais un rival.
PHILIPPE
Pas possible.
BEAUVOISIS
Je fus comme Philippe , Je ne voulus pas le croire; mais de ce temps-ci, il y a tant d'invraisemblance... Je cours chez ma divinité, qui était » dit-on, dans son boudoir. Je veux tourner le bouton, votre serviteur; la porte était fermée en dedans , et j'entends une voix de basse-tailJe qui me crie : « Qui est là ? »
MADEMOISELLE D'HABVILLB.
Ah ! mon Dieu !
BEAUVOISIS
n n*y avait plus moyen d'en douter; un autre aurait fait du bruit, de l'éclat ; moi , pas du tout , et , ne pouvant remettre ma carte à ce monsieur , je me suis contenté d'écrire au crayon sur la porte : « L'amant de ma maîtresse est un fat; Je l'attends » aubois...
Signé d'Harville de Beauvoisis. »
MADEMOISELLE D'HABVILLE.
Et il est venu?
BEAUVOISIS
Mieux que ça, il en est venu trois. Il parait qu'ils avaient tous pris connaissance de mon épltre , qui, par le fait, est devenue une circulaire.
MADEMOISELLE D'HAEVILLE, le lefanL
Et vous VOUS êtes battu ?
BEAUVOISIS
Sur-Ie-cbamp, avec mes trois partners. Tâi blessé l'un , désarmé l'autre^ et j'ai déjeuné avec le troisième , un aimable jeune homme , le fils d'un pair de France, qui n'a pas voulu me quitter : car les duels, c'est charmant; on se fait des amis à la vie et à la mort Celui-ci m'a conduit le soir dans une société délicieuse, un rout, un cercle, comme on voudra, où, par parenthèse, j'ai trouvé votre ami Frédéric.
PHIUPPE.
Frédéric?
MADEMOISELLE D'HABVXLLE.
Qu'est-ce que vous dites là ?
PHILIPPE
Monsieur le vicomte se trompe, ça ne se peut pas.
BEAUVOISIS
Je me trompe si peu que je lui ai parlé, parce que j'ai été fort étonné de le trouver là ; et quand je suis sorti , à six heures du madn , il y était encore.
PHIUPPE, à part.
Que le ciel le confonde !
MADEMOISELLE D'HABVILLE , regardant Philippe.
Ah ! il était sorti, ce matin, pour travailler,
pour.. . ( MouTement de Philippe. ) G'6St bien. ( A Beau-
▼oiMs. ) £t cette maison est-elle convenable ?
BEAUVOISIS
Hum ! hum ! tout au plus.
PHILIPPE
Monsieur le vicomte y était.
BEAUVOISIS
Oh ! moi , mon cher , c'est différent , nons allons partout ; mais un pauvre diable qui n'a pas un sou à lui, ça peut devenir très-inquiétant : voilà tout ce que je dirai , je ne veux pas lui faire du tort.
PHILIPPE
Eh! mon Dieu! parlez, et n'en laissez point croire plus qu'il n'y en a. Quand il serait allé dans cette maison pour son plaisir , pour une danseuse , ( moufement de Beauvoisis ) quC SaîS^je ?..» Ch !
pourquoi pas? ma foi , à son âge...
MADEMOISELLE D'HARVILLE
Philippe , monsieur le vicomte ne vous a point adressé la parole.
BEAUVOISIS
C'est vrai, mais M. Philippe la prend assez volontiers, lia de l'éloquence , ce qui est du luxe dans un hitendant; cela doit vous coûter bien plus cher.
PHILIPPE
Morbleu !...
MADEMOISELLE D'HARVILLE
Philippe, taisez-vous, vous vous oubliez, (a Beaofoiiif. ) Veues , mou ueveu ; et surtout , devant
las
Mathikie, paa de récit, pas d*aventare; au moment de lui faire part de nos projets , ?08 folles. • •
BEAUVOISIS
Bah ! qu'est-ce que cela loi fait , tant que je sois garçon ? une fois marié...
MADEMOISELLE D'HABYILLS.
Voos serez plus sage , J*espère«
BEAUTOISIS.
Certainement , je ne les dirai pins.
MADEMOISELLE D^HABTILLE , bas I PbiUppe.
Je sois mécontente. ( a B«aoToiûs. ) Mon neveu, Totre bras. ( En iVu aUant, I PhiUppe. ) Très-mécon-
tente* (EUe tort arec Beanrok» par le fond. )