‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 193 sur 756 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ftllUE,ODICHARD, AUGUSTIN, NANETTE.

(Oukberàeet ane et tient un journal. ÉffifUe cet debout » aa droite, et AugurtÎQ k aa gauche. Ifanette range rappartement)

êOlCflABD*

&U0I8, quttid je le dis queça ne M peut pas.

AUGUSTIN

Mais, mon papa...

GUICHARD

Mais, mon fils, tu ferais beaucoup mieux de t'en aller à ton École de droit, au cours de monsieur Poncelet.

AUGUSTIN

Non , mon papa , je n'irai pas ce matin ; j'aime autant étudier mon violon.

GUICHARD

Hein! tudis...

AUGUSTIN

Je dis que je n'irai pas.

GUICHARD, av«ic colère.

Ab I tu ne veux pas y aller ?

AUGUSTIN

Non,

GUICHARD, aelerant.

Eh bien ! à la bonne heure, n'y va pas, ça m'est égal; ça regarde ta mère, (a Naœue.) Nanette, tu es bien sûre qu'elle n'est pas rentrée ?

NANETTE

Pardiné, Monsieur; puisque voilà mademoiseUe Emilie qui arrive de Saint-Sulpice, où elle l'a laissée.

EMILIE

Oui, mon tuteur; eUe doit, après, aller chez son directeur.

GUICHARD

Dieu l si elle pouvait l'inviter pour aujourd'hui !

AUGUSTIN

L'abbé Dondn 1

GUICHARD

Certainement; car ici , je ne sais pas comment ça se fait , c'est toute la semaine jeûne , vigile et carême, à moins que l'abbé ne soit invité. Je ne fiais de bons dtners que quand il est des nôtres , lui et son épagneul. Brave homme , du reste , qui est gourmand , par bonheur.

Mais , mon papa, je ne vous comprends pas. Si ça vous déplaît de faire maigre, pourquoi ne le dites^vous pas à maman ?

GUICHARD

Pour la faire crier ? Merci. Avec ça que lowque ça commence, çadurelongtemps...

AUGUSTIN

Laissez donc I si vous lui disiez...

GUICHARD

Oui , toi , c'est possible; parce qu'elle te gâte ta mère.

AUGUSnN.

Pas tant, pas tant.

GUICHARD

Si,eUetegâte. MaismoilUyaprèsdequa-

rante ans qu'elle en a perda Thabitude , depuis que je Tai épousée , daas la république. Moi qui avais choisi une petite ûlle sans fortuné, pour être le maître, ça m'a joliment réussi. Le jour même de notre mariage , nous eûmes une querelle. Cette fois-là , c'était ma faute. Imaginez-vous , une lettre que je trouve dans mes papiers ; une lettre qu'elle m'avait écrite avant la noce , une plaisanterie , une épreuve qu'elle avait voulu faire ! J'eus la bêtise de me fâcher. Elle me l'a assez reproché depuis , et ça lui a donné un avantage sur moi. Ah ! mes enfants ! une femme est bien forte quand son mari a des torts.

NANETTE

Aussi, Monsieur a quelquefois des crises.

GUIGHARD.

Hein! Qu'est-ce que vous dites? Mêlez-vous de votre cuisine.

NAKETTB.

Non , vous n'en avez peut-être pas, de crises?

GUlCUAnD.

Oui; mais heureusement que j'ai un moyen excellent de les faire cesser, et même de les empêcher.

EMILIE

Etieqael?

GUICHARD

Quand je vois quelque chose qui se prépare , je prends bravement ma canne et mon chapeau , et je vais me promener au Ltixembourg : ça me rappelle mon bon temps, le temps du Directoire ; mes pauvres Directeurs ! Et souvent dans mes méditations politiques, car j'ai toujours aimé la politique, je me dis : « Dieu me pardonne! ma femme me traite comme le premier consul les a traités. Je n*ai plus voix au chapitre. »

C'est votre faute , mon papa ; et si vous voulez, je vais vous donner un moyen de ravoir la majorité.

GUICHARD

Une conspiration à uous trois ! j'en sm$.

AUGUSTIN

Eh ! bien , me voilà , moi , qui suis votre flls.

GUIGHARD.

Je m'en flatte.

AUGUSTIN

Voilà Emilie, votre pupille, la ûlle d'une ancienne amie de ma mère. Cette pauvre Angélique 1

GUIGHARD.

Ehbien?

AUGUSTIN

Air : du raudevUle de la Robe et let BoUes,

Toojours soigneux de vous coinplaire, Nous Yous avons défendu jusqu'ici ;

Et vous savez , même contre ma mère.

Que vos enfants prenaient votre parti.

Mais ce parti qui vous tionore Ne compte, bêlas! que nous deux... vous voyex... Mariez-nous, pour augmenter encore

Le nombre de vos alliés.

GUIGHARD.

Est-il possible ? Vous vous aimez ! Ça ne se peut pas. Je ne m'en suis jamais aperçu.

AUGUSTIN

C'est égal , mon papa , nous nous aimons. Et si, comme je vous disais tout à l'heure...

GUIGHARD.

Eh ! mon Dieu ! je ne demanderais pas mieux ! mais les obstacles... (a ÉmiUe.) Toi, d'abord, ta n'as rien.

AUGUSTIN

Gomment, rien?

GUIGHARD.

Absolument rien. Je dois le savoir, moi , qui suis son tuteur.

EMILIE

Il a raison.

AUGUSTIN

Et ces papiers cachetés dont tu me parlais, et que t'a remis ta mère ?

GUIGHARD.

Des papiers? Qu'est-ce que c'est que ça ?

EMILIE

Ils ne sont pas pour moi, ils sont à l'adresse d'une personne que je n'ai jamais vue , un ancieii ami de ma mère , M. Emile Brémont.

GUIGHARD.

Je ne connais pas.

N A NETTE

Tiens ; c'est peut-être des billets de banque.

GUIGHARD.

Que vous êtes béte, ma chère ! Au fait, ça se pourrait

AUGUSTIN

Eh ! mon Dieu! qu'importe? L'essentiel, c'est que nous nous aimions. Vous parlerez, n'est-ce pas?

GUIGHARD.

Tu vas me faire gronder.

EMILIE

Oh ! je vous en prie 1

AUGUSTIN

Mon petit papa!

GUIGHARD.

Que vous êtes câlins!

N A NETTE , qui est remontée, regarde parla porta da fond.

Voici Madame.

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