‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 198 sur 756 · SCÈNE VL · texte numérisé non relu

SCÈNE VL

ÉUILIE , I droite, pleurant; AUGUSTIN, l gauche, esuyaot les yeux; BRÉMONT BT NANETTE, entrant par la porte du fond.

NAIVETTB» faiaant entrer BrémoDt

Entrez 9 entrez, Monsieur.

BRÉIfONT.

C'est tien. Voyons l'appartement.

NANETTE

Pas epcore ; dans un instant.

Est-ce que ton maître ne Tent pas louer sans remise et sans écurie ?

NANETTE

Si, Monsieur, jusqu'à présent. Mais pour qu'il le reulUe définitivement, il faut que madame y consente , et Je vais la prévenir. Daignez vous asseoir, et Tattendre.

(Elle sort.) BRÉMONT.

Auprès de ces Jeunes gens? Volontiers, car J'ai toujours aimé la jeunesse. Il y a en elle une franchise, une insouciance, une gaieté de tous les

nomentS. ( Apercevant Emilie qui pleure. ) Ah ! mon Dieu! (Regardant Angnatin.) Et l'autre aUSSi!... Eh

bien! eh bien!... ( s'approchant d*eux.) Qu'est-ce que c'est donc? Qu'y a-t-il , mes jeunes amis ?

AUGUSTIN

Sesamis...

BRÉMONT

Pardon, je ne vous connais pas, c'est vrai; mais vous pleurez tous deux , et pour moi on n'est plus étranger dès qu'on a du chagrin. Moi qui viens de loin , j'en ai eu tant !

LES DEUX JEUNES GENS, «^approchant de lui.

Userait vrai!

BRÉMONT , leur prenant la main.

Vous le voyez, voilà déjà la connaissance faite, n y a du bon dans le malheur, et il ne faut pas trop en médire : il rapproche, il unit les hommes. C'est le bonheur qui rend égoïste , et heureuse- Bem je vois que nous n'en sommes pas là.

AUGUSTIN

n s'en faut.

BRÉMONT

ie comprends , quelque penchant, quelque indioation contrariée.

AUGUSTIN et EMILIE.

Qui vous l'a dit?

BRÉMONT

Hte! j'ai passé par là.

AUGUSTIN

Ce pauvre monsieur 1

BRÉMONT

ie n'ai pas toujours eu des rides, des cheveux

blancs et une canne. Tétais ( Montrant Auguatin.) comme mon nouvel ami, vif, ardent, impétueux, et j'avais un cœur, qui est toi^ours resté le même : il n'a pas vieilli, et cela fait que lui et mol nous avons souvent de la peine à nous accorder. J'aimais, comme vous, une personne charmante

(montrant Emilie) COUIBie elle.

EMILIE

Et elle vous aimait bien ?

BRÉMONT

Certainement.

Et vous lui fûtes fidèle?

BRÉMONT

Je le suis encore : je suis resté garçon en l'attendant. /

AUGUSTIN

Ah 1 que c'est bien à vous. Voilà comme nous ferons , nous attendrons , s'il le faut, jusqu'à cinquante ans.

EMILIE

Jusqu'à soixante.

BRÉMONT

C'est le bel fige pour aimer : personne ne vous dérange , ni ne vous distrait

AUGUSTIN

Et pourquoi ne Tépousez-vous donc pas?

BRÉMONT

Qui donc?

EMILIE

Elle , la jeune personne?

BRÉtfONT.

Ah! c'est qu'elle s'est mariée.

TOUS DEUX

Quelle horreur !

Pour obéir à sa mère. Moi , Je n'étais qu'un pauvre artiste , qui ai quitté la France , avec mon violon et l'espérance ; tous les sohrs je jouais, avec variations :

Vivre loin de ses amours.

N'est-ce pas mourir tous les Jours?

J'ai vécu comme cela une quarantaine d'années; donnant des concerts à Vienne , à Berlin , à Saint- Pétersbourg , où ils m'ont gardé ; et à force d'avoir appuyé sur la chanterelle , J'ai acquis quelque fortune , une fortune d'artiste que j'ai conquise sur l'étranger, et que Je viens manger en France : car on peut bien vivre loin de la patrie, mais c'est là qu'il faut mourir I Et ce beau pays m'a tant fait de plaisir à revoir!

EMILIE

Vous avez dû le trouver bien changé ?

BRÉMONT

Mais non ! c'est exactement la même chose , comme de mon temps; j'y ai vu partout les cou-

leurs que j*y avais laissées : partout , même enthousiasme pour la gloire et la liberté ! Tout y est de même , tout y est jeune , excepté moi !... Mais, voyez, mes enfants, comme l^amouretla vieillesse vous rendent bavards ; je voulais savoir votre histoire, et je vous raconte la mienne... A votre tour, maintenant.

AUGUSTIN

Ah! oui, votre confiance fait naître la nôtre.

EMILIE

Et nous vous aimons déjà.

BRÊHONT.

J*en étais sûr.

AUGUSTIN

Apprenez donc que c'est ma mère...

EMILIE

Oui, sa mère, madame Guithard, qui ne veut pas nous marier,

BRÉMONT

Madame Guichard!...

EMILIE

Qu'avez-vousdonc?

BRÉMONT

Rien... Il y a tant de Guirhards... et ce ne peut pas être la fille de madame Beauménil.

AUGUSTIN

Si vraiment.

BRÉMONT

Ma mère.

BRÉMONT, à Au^uftin.

Votre mère ! est-il possible !... Que je vous regarde encore!... Un joli garçon!... Et votre père, M. Guichard, le médecin... ciiste-t-il encore?

AUGUSTIN

Oui, Monsieur.

BRÉMONT, après un soapir.

Ah ! tant mieux.

EMILIE

C'est lui qui ne demanderait pas mieux que de noustmir; mais qu'avez-vous donc?

BRÉMONT

Ce n'est rien , mes amis , ce n'est rien... un peu de trotd)le«.. d'émotion.

AUGUSTIN

On dirait que vous connaissez toute ma famille.

BBÉMONT.

C'est vrai... je suis un ancien ami dont vousavez peut-être entendu parler, Emile Brémont.

EMILIE

M. Emile Brémont !... Ah ! si vous pouviez parler en notre faveur?

Je le ferai... comptez-y... et j'ose vous ré-

pondre du succès... Mais, voyez-vous, mescbers enfants, j'ai besoin d'un moment pour me remettre. ( Les eofaots sVloigoent. ) ( A part. ) PaUVrC

Rose! quelle surprise!... quelle joie !... (H«at. à AugutUn et à Emilie. ) Mais surtout ne dltcs pas que c'est moi : votre mère va venir pour cet appartement

Air de Partie $t Ittccueàt .

Mon coBur bal d'espoir et d'attente.

Je crois qu'il a toujours vingt ans...

Mais mes jambes en ont soixante.

( Auguflin lui prégente uo fauleuU. ) Et maintenant laissei-moi, mes enfants.

( Les jeune» geot remontent le théâtre. ) ( A part , et s'aaaeyant. ) Elle va venir... du courage...

EMILIE , «'approchant de lui, et lui prenant U main. Quoi ! vous tremblez ?

BRÉMONT

(A part.] C'est possible. Entre nous.

On peut bien trembler, à mon ;)ge, Quand vient l'instant d'un rendez-vous.

AUCrSTIN , à Emilie qui s'est retirée ao fond à droite.

Est-il sbigulier , notre nouvel ami !

EMILIE

Oui ; mais 11 a l'air d'un honnête homme... et puis il parlera pour nous.

AUGUSTIN

Et ces papiers que tu devais lui remettre ?

EMILIE

Je vais les chercher.

AUGUSTIN

Et moi je vais travailler.

(u entre dan« sa chambre à droite, tandis qu^ÉmiUe sort par la porte du fond 1 gauche. )

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