‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 200 sur 756 · SCÈNE YIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE YIIL

Madaiib GUICHARD, BRÉMOMt.

MADAME GUICHARD

Votre serrante , Monsieur ; c'est tous, m*at>-oii dit, qui toulez louer mon appartement?

BAÉMONT t stupéfait , et la regardant a?ec émolioo.

Comment!... c'est vous, Madame, qui êtes madame Guichard?

MADAME GUIGHABD.

Oui, Monsieur.

BBÉMONT , trec décoaragement.

Ah! mon Dieu!... (La regardant de nouTeau. )

Cependant, 11 y a encore quelque chose... et nos cœurs, du moins... nos cœurs... oh ! ils ne sont pas changés.

MADAME GtlGHABD.

Voosavez vu Tantlcbambre... c'est ici lesalon... à droite, la chambre de mon fils... par ici, salle à manger... d'autres chambres à coucher... cabinet de toilette... dégagements.

( EU« passe à la gauche de Brémont ) BRÉMONT, pa»autà droite.

C'est inutile , je n'ai pas besoin d'en voir davantage... l'appartement me contient.

MADAME GUICilARD.

Oui; mais vous parlez d'en détacher la remise et l'écurie , cela n'est pas possible.

BRÉMO!<iT.

Permettez...

MADAME GUIGHABD.

Je ne pourrai jamais les louer séparément.

BRÊM0?1T.

Je les prendrai donc , quoique je n'en aie pas besoin.

MADAME GUIGHABD.

n j aurait alors moyen de s'arranger : monsieur pourrait les payer et ne pas les prendre, ou les sous-louer; je ne le force pas« il est le maître. BBÉMoirr.

Votts êtes ttt)p bonne : c'est ddnc une affaire condueP

MADAME GUIGHABD.

Pas encore; on ne loue pas ainsi, sans connaître , sans prendre des informations : je demanderai quel est l'état, la profession de monsieur ?

BBÉMONT, &part.

Ah ! cela va lui rappeler. ( Haut. ) Musicien.

MADAME GUIGHABD, effrayée.

Ah ! rnoti Dieu !

bbémoNt.

Air du Baiser au porteur, A ce motseal elle est déjà tremblante.

De souvenir loUB ses sens sonl émiu.

MADAME GUIGHABD, à part.

Musicien !... Ge mot seul m'épouvanie... Un logement de mille écus !

BRÉMONT

Aux beaux-arts vous ne croyez plus.

MADAME GUIGHABD.

11 faut avoir un peu de méGanee, Je risquerais trop de perdre.

BBÊMOIfT.

Ah! grands dieux!

( A part. ) Rose Jadis avait moins de prudence.

Et nous y gagnions tous les deux.

Je payerai six mois d'avance.

MADAME GUIGHABD , d*uo air aimable , et lui offrant une chaiae.

Vraiment!... asseyez-vous donc, je vous en

prie. ( Brémont refuse honoètement. ) GC qUC j'en dis

n'est pas par crainte: la meilleure garantie est dans les manières et la physionomie... de monsieur.

BBÉMONT, la regardant tendrement.

Vous trouves ; allons, voilà un peu de sympathie qui revient , une sympathie arriérée*

MADAME GUIGHABD , tirant la tabatière et offrant du tabac à Brémont.

Monsieur, en usez-vous?

BBÉMONT , la regardant avec feurprise.

Ahl Rose prend du tabac

MADAME GUIGHABD.

Nous dlsoh^ donc , mille écus de loyer, trois cents francs de remise , deux cents francs de portes et fenêtres; d'autant qu'ici, nous avons un jour magnifique; nous avons aussi d'eicellehts portiers , qui auront pour vous les plus grands égards ; et aux fêtes , aux jours de Tan , Vous n'êtes obligé à rien envers eux , qu'au sou pour livre que vous me payez , c^est cinquante écus.

BRÉMONT

Ah! tout n^est donc pas compris?

MADAME GUIGHABD.

Vous êtes trop juste potir le supposer; nous avons aussi le frottage de l'escalier et l'éclairage, deux cents francs.

BtlËMONT.

(Comment, Madame?

MADAME GUIGHABD.

Voudriez-vous qu'à votre âge on vous laiss&t monter un escalier malpropre et mal éclairé, pour vous blesser , vous faire mal ? je ne le souffrirai pas, je tiens beaucotip à mes locataires, c'est mon devoir , j'en réponds.

BRÉMONT

Vous êtes bien bonne, mais ^Dilà des soins et

iSk

des attentions qui, avec les réparations locatives, font monter mon loyer de mille écns à quatre mille francs.

MADAME GUIGHARD.

Est-ce donc trop cher pour habiter une maison bien située, bien aérée, une maison tranquille et respectable , où Ton tiendra à vous conserver ? car Je compte bien que vous ferez un bail, et ce sera de sa ou neuf, à votre choix.

BRÊMONT.

Permettez, permetieï...

MADAME GUIGHARD.

Quoi! Monsieur, vous hésitez à vous engager, à vous enchaîner à nous; quand c'est moi , quand c'est une dame qui vous en prie ! mais c'est fort mal , ce n*est pas galant , et j'avais meilleure idée de vous.

BRÉMONT, l ptrl.

Allons, elle est un peu intéressée, mais elle est toujours bien aimable.

MADAME GUIGHARD.

Vous acceptez donc pour neuf ans ?

Puisqu'il le faut.

(Madame Guichard ya a*aMeoir anprèa de la table. Elle met ie« lunettes , et prend la plume. Brémont la regarde, et dit à part.) 11 parait que Rose... ( Portant U main & te» yeux.)

C'est peut-être pour cela qu'elle ne m'a pas reconnu.

MADAME GUIGHARD.

Votre nom, Monsieur?

BRÉMONT

Mon nom? (a part. ) Quel effet ça va lui faure 1 (Haut.) Mon nom... Brémont.

MADAME GUIGHARD.

Brémont avec un ^'

BRÉMONT, stupéfait.

Avec un t?

MADAME GUIGHARD.

Qu'avez-vous donc?

BRÉMONT

Quoi 1 ce nom-là vous est-il tellement inconnu, que vous ne sachiez plus comment Técrh^e ?

MADAME GUIGHARD.

Que dites-vous?

BRÉMONT

Avez-vous donc tout à fait banni de votre souvenir, comme de votre cœur, l'ami de votre enfance, le compagnon de vos peines, Emile

MADAME GUIGHARD.

Emile 1 il serait possible ! quoi 1 c'est vous ?

BRÉMONT, avec transport.

Oui, Rose, oui, c'est moi.

MADAME GUIGHARD.

Monsieur, un pareil ton...

BRÉMONT

Convient peu , je le sais , après un si long entr'acte; mais l'amitié, du moins, l'amitié est de tout âge ! et n'ai-je pas quelques droits à la vôtre? Faut-il vous rappeler et nos serments et nos premiers amours?

MADAME GUIGHARD.

Monsieur...

BRÉMONT

Faut-il vous rappeler un premier retour, non moins cruel que celui-ci ? et le moyen que j'employai pour éloigner votre mari? ma vie que j'exposai pour parvenir jusqu'à la porte de votre chambre, que vous fermiez en vain, Rose? Il n'y avait pas de verrou.

MADAME GUICHARD

Monsieur, le ciel m'a fait la grâce d'oublier; c'est comme s'il n'était rien arrivé.

BRÉMONT

Non! l'on ne perd pas de pareils sonvaurs-; dites-moi seulement que vous ne Pavez pas oublié.

MADAME GUIGHARD , émue et hésitant.

Pas toutàfait... et,s'il faut.» vous... l'avoua*...

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