SCÈNE XL EMILIE, BRÉMONT
ÉUILIE , pleurant.
Ah ! mon Dieu , mon Dieu ! je n'y survivrai pas.
BRÉMONT
Qu'est-ce donc?
EMILIE
M. l'abbé Doucin vient me chercher pour me conduire aujourd'hui même chez les dames de la rne de Varennes.
BBÉMONT.
Pauvre enfant! Et je conçois que ce lieu-là , ce n'estpasgai.
EMILIE
Fût-ce un désert, un cachot, cela m'est bien égal ; ce n'est pas cela qui me désole.
BRÉMONT
Et qu'est-ce donc?
EMILIE, saugloUnt.
C'est que je serai loin de lui , et que j'en mourrai de chagrin.
BRÉMONT
Est-il possible ? Ah ! que vous me faites de plaisir!
EMILIE
Eh bien ! par exemple, vous que je croyais si bon!
C*est justement pour ça. En voilà donc une qui aime encore , comme de mon temps , du temps du consulat ! ( a Emilie. ) Il faut dire que vous ne voulez pas » et moi , je serai là , je vous soutiendrai.
EMILIE
Et le moyen de résister à madame Guichard, qui m'a élevée ! car j'étais une pauvre orpheline , I
la fille d'une de ses anciennes amies, Angélique Gervaise.
BRÉMONT
Ah ! mon Dieu ! cette petite Angélique si bonne , si gentille , qui avait toujours des bonnets à la Marengo?
EMILIE
Je ne sais pas.
BRÉMONT
C'est juste.
EMILIE
Mais ce que je sais, c'est qu'elle vous regardait comme son meilleur ami , et qu'elle ne désirait qu'une chose : c'était de vous voir avant de mourir.
BRÉMONT
Pauvre Angélique !
EMILIE , loi doDoant uo paqaet cacheté qn^elle apportait eo entrant.
Pour VOUS remettre ce dépôt qui vous appartenait, et qu'autrefois, disait-elle, on lui avait confié.
Donnez , donnez , mon enfant. Mes lettres et celles de Rose , qui , lors de mon départ, étaient restées entre ses mains. Pauvre Angélique ! cellelà était une amie véritable; aveugle que j'étais! le bonheur était près de moi , sur le même palier.
( Regardant Emilie avec émotion. ) C'aurait pU être là ma
fille ! Ah ! que j'étais insensé ! il parait que maintenant on est plus raisonnable.
( Il reste près de la table , ouvrant plusieurs de ces lettres , qu*il regarde d'un air mélancolique. )