‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 215 sur 756 · HORTENSE, GEORGE · texte numérisé non relu

HORTENSE, GEORGE

GEORGE , étonné , et regardant aortir son onde.

Qu'est-ce qu'il a donc, mon onde?

HORTENSE

Ce qu'il a , George? il veut vous marier.

GEORGE

Ah! c'est là ce qu'il appelle mon bonheur! J'espère du moins qu'il ne me rendra pas heureux malgré moi ; et comme je n'y consens pas...

HORTENSE

Quoi! sans connaître celle qu'on vous destine?

GEORGE , avec amoiame.

Je ne doute pas qu'elle ne soit riche, jeune, aimable , parfaite , en un mot : c'est vous qui avei daigné la choisir ; mais quelle qu'elle soit, je la refuse . je n'en veux pas. Point d'amour, point de

LA FAMILLE RIQUEBOURC.

nariage , jamais. Je veux rester comme je suis.

RORTENSE.

Voos êtes donc bien hearenx?

GEORGE

Moi I... Je sois le plus malheureux des hommes.

HOBTENSE « TiTemenU

Et pourquoi?

GEORGE

Je ne sais ; une fièvre lente me consume et me tue. Sans espoir, sans avenir, cette vie que je coDunence à peine , me semble déjà finie.

HORTEMSE.

Et quelle carrière, cependant, promet d'être pfais brillante? Aimé, estimé de tous, les honneurs TOUS attendent, la gloire vous appelle, et le désir de servir votre pays n'excite-t-il pas votre ambition ?

GEORGE

De Tambition ! je n'en ai plus. A quoi bon acquérir de la gloire , des honneurs ? Pour qui ? A qui les offrir? Qui s'intéresse à moi?

UORTENSE.

' Et nous. Monsieur, nous, vos amis et vos parents?

GEORGE

Oui, je le sais, vous m'aimez bien.

HORTENSE

Alors, et si vous le croyez, pourquoi parler ainsi ? 11 m'appartient peu , je le sais , de vous adresser des conseils ; mais si mon âge m'interdit ce droit, mon amitié, peut-être, me le donne. Voyons, confiez-moi tout; je suis votre tante et TOU'e amie.

GEORGE

Eh bien ! oui , votre confiance aitu*e la mienne, vous seule connaîtrez le fardeau qui me pèse ; j'aime , sans espoir d'être aimé ! bien mieux , sans vouloir jamais l'être; car si je l'étais, je fuirais tt bout du monde.

HORTENSE

Insensé ! Vous avez pu livrer votre cœur à une passion coupable 1

GEORGE

Coupable! qui vous Ta dit?

Les tourments que vous souffrez; car un attachemoit pur et Intime ne donne que du bon- Iwur. Mais faites un instant un retour sur vous- Bême : où un pareil amour peut-il vous condmre?

GEORGE

Aht vous n'avez jamais aimé, vous qui me laites une pareille demande ; où il peut me conduire? à aimer, à souflHr; et ces tourments-là iont le bonheur de ma vie. Loin de m'y sonstrave, je les cherche, je les désire, et dernièrement, ce que mon onde ne sait pas , on m*avait nommé

à une place superbe, que j'ai refusée... 11 ûillait m*élolgner d'elle, il fallait quitter^Paris.

HORTENSE, arec émotion.

Ah! c'est là qu'elle habite?

GEORGE

Oui, Madame, bien loin d'id.

HORTENSE

Et vous n'avez jamais songé à son repos, que vous pouviez troubler ; à sa vie , que vous pouviez rendre misérable?

GEORGE

Ain : Le choix que fait tout le 9%iiage. Âh ! si jamais je le croyais , Madame , Si cet amour si croel et si doux Pouvait troubler le repos de son Ame... C'est impossible... ainsi, rassurez-vous.

Pour que sur moi descende sa pensée, Pour abaisser jusque sur moi ses yeux , Par ses vertus elle est trop haut placée, Et, grâce au ciel, je sois seul malheureux.

Si vous l'êtes, c'est que vous le voulez, c'est que vous vous livrez sans cesse au danger , 9U lieu de le fuir ou de le braver. Je ne suis qu'une femme, et bien laible, sans doute! mais si jamais, pour mon malheur, j'avais à combatu*e des sentiments pareils aux vôtres, loin d'y céder lâchement, j'en mourrais peut-être, mais j'en triompherais. Auriez-vous moins de coura<re? et faut-il que ce soit moi qui vous donne des leçons de force et d'énergie? Allons, George, allons, mon ami, croyez-moi, il n'est point de chagrin si profond que la raison ne puisse adoucir, point d'infortune 8i grande que noire cœur ne puisse supporter et vaincre! Je vous offre mon aide, mon secours ; et si vous êtes ce que je crois , si vous êtes digne de mon estime , vous suivrez mes conseils.

GEORGE

Parlez.

HORTENSE

Votre oncle voulait vous Mre épouser Élise.

GEORGE

Élise! ma cousine? c'est impossible, un autre en est épris, le vicomte d'Herembert, mon ami.

HORTENSE

Ain de Téniert.

Cest ce qu'il faut d'abord Taire connaître A voire oncle.

GEORGE

Je lai dirai.

HORTENSE

Et puis, il est d'tutres partis peut-être... GEORGE.

Pour moi, jamais... je l'ai juré.

N'espérant rien de celle que j'adore.

Je veux toujours, en mes soins assidus. Lui conserver un amour qu'elle ignore.

Et des serments qu'elle n'a pat reçut.

H0BTEN8E,

Eb bieni U ett 1UI aoire vv^ pliu fictto» oui assurera votre tranquillité, et la iiepne peut-être* Cette place qu'on you» offrait, et qui voua éloigne de Paris, il faut Taccepter*

GEQRGB.

Me priver de sa présence, de mon bonhenrî et que vous ai-Je foit pour ne donner un pareil conseil?

HOBTENSB,

Il faut pourtant le suivre ; mon amitié est à ce prix, choisissez... Ëiibien!

GEORGE

Y renoncer, jamais I

HORTBMSE.

Je vous croyais digne de m'entendre , Je vous laisse à vous-même, et n*ai rien à vous dire.

(George i'éloigoei in»i» «u momepl de iorUr, il jette oo coup d'œil aur Horteme , qui ne le regtrde plut. 11 toupire

et sort.) Ah ! que c'est mal à luil

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