‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 220 sur 756 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

GEORGE , RIQUEBOURG.

RIQUEBOURG.

Ah! George, te voua!

GEORGE

Qu'avez-vous donc ?

RIQUEBOURG.

Je suis heoreni de te voir, de fenbrasser. Adieu, monamL

QEoa^ Et où aUez-vous donc ?

Je vais me venger.

GEORGE

Et de qui? au nom du ciel, modérez-voos, pas de bruit, pas d'éclat. Qui vous a offensé? parlez.

RIQUEBOURG.

Je le voudrais ; mais je nerle puis , je ne l'ose; et pourtant, morbleu! à qui demander conseil? à qîii confler mes chagrins , si ce n'est à mon seul ami?

GEORGE

Des chagrins ! Et qui peut les causer ?

RIQUEBOURG.

Celle que j'aime le plus au monde , ma femme! Tu sais si j'en suis épris ! Eh bien ! au sein mène de notre ménage, dans l'intimité, jamais je nii eu un moment de vrai bonheur, jamais je n'ai p« la regarder comme mon égale ; je ne sais qudie supériorité me tenait à distance, et m'imposait, je n'osais l'aimer; et pour comble de maux, malgré ses soins à me plaire, je sentais quid elle n'était pas heureuse; que, dans le monde, elle rougissait de moi.

GEORGE

Qu'osez-vous dire?

RIQUEBOURG.

Oui, mon plus grand désespoir est de m'Sifooer

LA FAMILLE RIQUEBOURG.

que je suis au-dessous d*elle , que je ne la mérite pas. Pourqaoi Tont-Us sacriGée? Pourquoi, en échange de ma fortune, me Tont-ils donnée? J'aurais pris pour compagne une femme élevée comme moi, qui, mon égale en tout, ne m'aurait pas méprisé.

GBORGE.

Ah! quelle idéel

RIQUEBOURG.

Elle eût eu pour moi de Testime, du respect, de Tamour peut-être.

GEORGE

Et qa*af ez-Yous à désirer dans celle que vous avez choisie? Pouvez-vous douter de son affection?

RIQUEBOURG.

Eh bien , oui ! aujourd'hui j'en doute ; et maintenant j> pense, comment en serait-il autrement? Je me regarde et me rends justice. Dans ce monde dont eUe est entourée, n'ont-ils pas tous de l'éducation, de l'esprit, des talents? Ne sontils pas tous plus jeimes, plus aimables que moi ?

GEORGE

Et vous supposeriez qu^Hortense , que la vertu même , voudrait vouis tromper?

RIQUBBÇURG.

Me tromper! Non; ce n'est pas cela que je veux dire; au contraire, je ne me plains que de sa franchise. Pourquoi a-t-elle eu en moi tant de confiance ? ou pourquoi ne l'a-t-elle pas eue tout entière? (a demi-Tou. ) Car c'est elle, c'est ellenéme qui m'a avoué qu'elle préférait, qu'elle aimait quelqu'un.

GBORGB,- arec colère, et hors de lui.

Qu'entends-je , d ciel ! Et vous l'avez souffert! et vous le souflQrez encore !

RIQUEBOURG,

Eh bien! tu vois, toi qui tout à l'heure me recommandais la modération.

GEORGE

Cest que ce n'est pas à vous, c'est à moi de punir un pareil outrage.

RIQUEBOURG, k retenant.

George , mon ami I

GEORGE

Laissez-moi , je suis fiu*ieuz.

RIQUEBOURG.

Vous resterez id, je l'eiige, je le veux.

GEORGE

Vous me retenez en vain ; son nom , dites-moi son nom.

Eh bien ! voilà justement ce que je ne sais pas, ce qu'elle refuse de m'avouer. Mais il y a apparence que c'est ce vicomte d'Heremberg.

GEORGE

Lui!

RIQUEBOURG.

Et c'est pour en être plus sûr que j'allais le lui demander.

GEORGE

Y pensez -vous? compromettre ainsi votre femme! Et puis, vous êtes dans l'erreur; le vicomte a d'autres idées, d'autres vues; je le crois du moins; et du côté d'Hortense, qui peut vous faire soupçonner?...

RIQUEBOURG.

Écoute; c'est quelqu'un qu'elle craint, qu'elle veut fuir. Une ou deux fois, déjà, elle m'avait parlé de s'éloigner, mais vaguement, faiblement! Aujourd'hui , c'est avec instance , avec prière , à l'instant même! Il faut donc qu'aujourd'hui, ce matin, dans l'instant, il y ait quelqu'un dont la vue ou la présence ait appelé ces sentiments dans son cœur , et l'ait décidée à me faire un pareil aveu.

GEORGE

0 del!

RIQUEBOURG.

Est-ce que tu saurais?...

Non, non.

RIQUEBOURG.

Eh bien! moi, je le saurai. U (audra bien qu'elle me dise son nom , ou bien malheur à elle ! Elle ne sait pas de quoi je suis capable.

GEORGE

De grâce , calmez-vous.

RIQUEBOURG.

Oui , tu as raison ; c'est le moyen de tout gâter, et je sens que je m'y prendrais mal. Mais toi , qui es notre ami à tous deux , tu au«as plus de pouvoir ou plus d'esprit que moi ; il faut que tu lui parles.

GEORGE

Moi!

RIQUEBOURG.

Dans son intérêt à elle-même, conseille-lui de me le dire ; si elle y consent , il n'est rien que je ne fasse pour elle; mais si elle refuse, fais-lui comprendre que la paix de notre ménage, que notre avenir, que tout notre bonheur en dépend ; enfin , mon garçon , je me fie à toi , arrange ça pour le mieux. Tu me le promets ? J'y compte. Adieu I

(U rentre dans Tappartement à gauche.)

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