‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 253 sur 756 · HENRIETTE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

HENRIETTE, LA COMTESSE

HENRIETTE , apercerant la comteiie.

Ah!

LA COMTESSE

Ce n'est pas moi que vous cherchiez. Mademoiselle?

HENRIETTE

Non , Madame ; j'en conviens.

LA COMTESSE , d*un ton plut doui , à Henriette qui •*éloigoe.

Ah! restez. Ne voyez plus en moi une ennemie... Approchez , et regardez-moi sans crainte.

HENRIETTE

Il se pourrait ! et ce qu'on m'a dit de vous , que vous me perdriez...

LA COMTESSE

Moi , mon enfant! Non, c'est un soin que je laisse à d'autres. Et ces honneurs qu'on vous oflre, ces chaînes dorées qu'on vous impose , puisque vous les acceptez avec joie...

HENRIETTE

Avec joie!

LA COMTESSE

.Avant de les quitter , je veux que vous sachiez

ce qu'elles pèsent Ce sont les adieux d'une rivale, qui vous laisse, en partant, plus à plaindre qu'elle. Maîtresse du prince...

HENRIETTE, avec effiroi.

Moi!

LA COMTESSE

Désormais c'est votre titre ! Maltresse du prince, les plaisirs vous entoureront; les courtisans se* ront à vos pieds, comme ils étaient aux miens : c'est de droit, c'est leur état , cela tient à la place. Une favorite doit compter sur eux jusqu'au jour de sa chute ; et alors, ils passent, avec son antichambre, à celle qui lui succède. Souveraine da maître de tous, on prendra pour lois vos volontés, vos caprices... Vous régnerez; c'est un sort bien séduisant !.. . Il peut vous éblouir , vous, si jeune et sans expérience; il en a ébloui qui en avaient plus que vous.

HENRIETTE

Moi, Madame!

LA COMTESSE

Mais attendez; vous ne savez pas tout encore... Au faîte des grandeurs , environnée de plaisirs et d'hommages , vous serez un objet de haine pour les uns, d'envie pour les autres , de mépris poor tous.

HENRIETTE

Ah! Madame...

LA COMTESSE

Et si votre cœur s'ouvrait à des sentiments plus

purs... (Entre le aurintendant par le fond i gauche.) Si

VOUS aimiez quelqu'un que vous croiriez honorer peut-être... Ah !... que je vous plams ! U rejettera votre amour. Et ses dédains...

HENRIETTE

Non, non, jamais.

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