‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 26 sur 756 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

OSCAR, CORINNE, DESTAILLIS, •• THALIE, Mademoiselle JUDITH,

CORINNE , regardant une corbeille.

Oui , certainement, cela vient de Paris ; car ce n*est pas à Vendôme qu'on ferait des broderies pareilles ! Ne trouvez-vous pas. Oscar, que cette corbeille a quelque chose d'élégant, de poétique, qui donne à rêver.

OSCAR

Oh ! vous , ma belle cousine , qui êtes la Sapho du département, vous voyez de la poésie partout ; mais moi, qui suis pourla prose, pour le solide... pour cet écr^ , par exemple , parlez-moi de celuilà ; il y en a là au moins pour trente mille francs , n'est-ce pas, mon oncle ?

DESTAILLIS.

£h ! qu'importe? voilà ce qui me platt, voUà

ce que J'aime 1 (Montrant le dessus de rècrin.) DeS

armes gravées et dorées. Savez-vous que ce cher Varinville a de brillantes armoiries!

MADEMOISELLE JUDITH

Il est d'assez bonne famille pour cela. Il y a eu un Varinville tué à la Terre-Sainte; car il y a toujours eu dans cette maison-là de bons sentiments et de bons exemples.

OSCAR

De bons exemples que notre futur cousin a bien fait de ne pas suivre.

CORINNE

C'est un baron qui a de l'esprit.

DESTAILLIS.

Rs en ont tous , ma chère.

MADEMOISELLE JUDITH

Et celui-là encore plus que les autres.

OSCAR

Si c'est possible.

MADEMOISELLE JUDITH

M. Oscar rit toujours.

OSCAR

Et ma tante Judith ne rit jamais ; elle est presque aussi grave et aussi sérieuse que Nathalie » une fiancée qui a l'air d'une veuve.

NATHALIE

Moi, mon cousin!

CORINNE

Eh ! oui ; l'on ne se douterait pas que tu es la mariée ; je n'étais pas comme cela quand j'ai épousé M. de Rrevannes, votre frère, qui alors était chambellan. Voyons, comment trouves-tu la corbeille?

NATHALIE

Cela ne me regarde pas , ma cousine* Dès que ma famille la trouve bien...

JE r.urs MiKUX la çu'AoSis

y.r :^.r„.Jr ./u 'A^^,-.'» :/, Xi

LA FAMILLE DU BARON

CORINNE

Et le prétendu?

NATHALIE

Dès qae ma famille Ta choisi...

DESTAILLIS.

A merveille, ma nièce, à merveille ! voilà comme parlaient les demoiselles d'autrefois.

MADEMOISELLE JUDITH

La famiQe avant tout.

DESTAILLIS.

On ne faisait rien sans Tavis et le consentement de ses ascendants.

OSGAB.

Laissez donc; quand on voulait mener son époux, on demandait...

DESTAILLIS.

L*avis des parents.

CORINNE

Et quand il était maussade , ou Jaloux, et qu'on voulait le punir, il fallait peut-être...

MADEMOISELLE JUDITH

L'avis des parents.

DESTAILLIS.

Qui ne le refusaient Jamais.

Air de Marianne.

Oai , pour l'honneur de la morale, En famille tout se passait ; El Pon arrêtait le scandale Avec des lettres de cachet.

Cétait parfait :

On enfermait Un fils Joueur, Un neveu séducteur ; La femme aussi ; Puis, Dieu merci.

Ses créanciers y mettaient le mari...

Si bien que, sous la même grille, Femme , enfants, époux et neveux, Disaient: Oûpeui-on être mieux Qt^mt «et» de ta famille !

Page 1