‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 297 sur 756 · SUNDERLAND , ARTHUR · texte numérisé non relu

SUNDERLAND , ARTHUR

ARTHUB.

£hl boDJodr, mon cher oncle.

SUNDEBLAND.

Arriver à une pareille heure dans mon château , et sans m'en prévenir !

ARTHUR

Est-ce qu'on sait jamais le malin ce qu'on fera le soir? surtout quand on est soldat... état libre et indépendant, où l'on est maître... d'obéir à tout le monde... et notre régiment va prendre garnison à Carlisle.

SUNDERLAND

A Carlisle !...

ARTHUR

Oui , on parle de quelques bruits , de quelques agitations que voudraient faire naître des mécontents. ( Voyant on gerte de son onde. ) N'ayCZ paS pCUr,

Je suis là, et je vous réponds que s'ils bougent... Aussi, passant près de votre château , je me suis dit : Je vais aller rassurer mon oncle, lui demander à souper et à coucher.

SUNDERLAND , k part.

Quel contre-temps!

ARTHUR

Je ne vous ai pas amené plusieurs de mes amis qui voulaient m'accompagner.

SUNDERLAND , à part.

n ne manquait plus que cela. ( Haut, l Vous avez très-bien fait., comment les recevoir?

ARTHUR

Comment? c'est vous que cela regarde : si un anden maître des cérémonies ne s'entendait pas en réception!... Je leur avais vanté les antiquités de ce château; ma tante Réginald, qui régnait sous l'autre règne... et vous surtout, mon cher oncle, philosophe en retraite , qui supportez votre disgrâce avec un courage héroïque , ce qui , du reste , ne m'étonne pas ; car vous me disiez toujours autrefois que vous ne teniez pas aux places , aux dignités.

SUNDERLAND

Oui, Monsieur, cela peut être vrai , tant qu'on les occupe, mais dès qu'on ne les a plus, c'est bien différent Après cela, si je gémis de mon inaction, c'est moins pour moi, dont la fortune est faite, que pour le prince et pour l'État Ce n'est pas en un jour qu'on fait un maître des cérémonies. Savez- vous par combien de travaux j'avais acheté mon expérience et mes talents ? Savez-vous à combien de cortèges je me suis trouvé? à combien de grands dîners j'ai assisté, de ma personne?... Sans compter les U^vaux de la composition... Cette superbe cantate qu'on a

chantée lors du couronnement., de qui était-elle? de moi, paroles et musique.

( 11 chante. ) M D'où parlent ces cris d'allégresse?

M Où court ce peuple qui s'empresse? »

ARTHUR

Oui , mais des gens qui ont de la mémoire ont cru remarquer que cette cantate avait déjà serri pour le dernier roi , et même auparavant pour le lord protecteur.

SUNDERLAND

Est-ce ma faute si je fais des vers qui restent?... et puis de tout temps il y aura toujours des cris d'allégresse, et du peuple qui s*empreêse. El vous, mon neveu, vous devriez être indigné, comme moi , d'une disgrâce qui m'empêche de vous pousser et de vous être utile.

ARTHUR

De ce côté-là , mon cher oncle , je vous rends justice.

Ain du vaudeville de Jadit et Àv^omrd'hm.

Lorsque la fortune lidéle Jadis vous plaçait prés du roi , Jamais, mon cœur me le rappelle.

Mon oncle ne Ut rien pour moi.

Mais depuis qu'il n'est plus en place, 11 est, mon cœur Ta bien jugé.

Toujours le même... et la disgrâce Au moins ne vous a pas changé.

SUNDERLAND

Monsieur...

ARTHUR

Je ne vous en fais pas de reproche; je ne vous demande rien qu'à souper , et il semble mèmeqoe vous ayez bien de la peine à vous y décider.

SUNDERLAND , troublé.

Moi , du tout.. ( A pirt. ) S'il allait se donlerdc quelque chose. (h«ui.) Je ne pourrai peut-être pas te tenir compagnie, mais on te servira, dans ta chambre, un chevreuil excellent et du vin de Porto , de plus un bon lit où tu feras bien de te coucher de bonne heure : car tu dois être fatigué et avoir besoin de dormir.

ARTHUR

Du tout, mon oncle, je ne dors plus.

SUNDERLAND, à part.

Ah I mon Dieu ! il nous entendra. ( Haot i Arthur. ) Et pourquoi ne dormez-vous pas ?

ARTHUR

Pourquoi... pourquoi ?... c'est mon secret., c'est qu'il y a quelque chose qui me tourmente, qui m'agite et qui fait que je ne puis demeurer eu place , ni rester un instant où je suis.

SUNDERLAND , & part.

Quel bonheur! s'il pouvait s'en aller. (Hwt) C'est tout naturel , à votre âge, le besoin de changer de lieu , le désir do voyager...

LA FAVORITE

ARTHTTRf vÎTement.

Justement I voyager , maîâ poar cela il me (aadrait ce que je n*ai pas, parce qae la bourse (l'an lieutenant...

SUNDERLAND

Quoi ! n'est-ce que cela ? combien te faut-il ?

ARTHUR

Laissez donc... vous voulez rire.

SU^iOERLAND.

Non vraiment!... combien te faut-il?

Vous m'eflrayez, vous êtes indisposé.

SUNDERLAND

QucUe idée ! je veux , puisque cela Test nécessaire, que tu puisses partir dès demain.

ARTHUR

Dès ce soir , après souper.

SUNDERLAND

£t pour cela tu me demandes...

ARTHUR

Cent gntnées.

SUNDERLAND , lui donnant une bourse.

Les voici , et môme quelques-unes de plus.

ARTHUR, comme s'il rêvait.

Est-il possible!... ah çà, mon oncle, qu'est-ce qa'il voas prend donc? (ourrani la bourse.) Laissezmoi voir, je vous prie. (Regardant les pièces d'or.)

Oui, vraiment, c'est de l'or.

Air : Je tout comprendrai toujourt bien ( de l'Opéra-

C0MIQIE.\

Premier or qu'un oncle chéri M'ail donné depuis mon enTanec, Combien mon gousset est ravi i)c faire votre connaissance!

( A SuDderlanJ. )

Que le soin du remboursement Ne fasse naître aucun nuage ; Car, Je tous en fais le serment.

Je TOUS le rendrai (bis) sur votre héritage.

Et après une telle générosité, je serais bien ingrat d'avoir des secrets pour vous. Apprenez donc que je suis amoureux , amoureux à en perdre la tète. Vous me demanderez comment ?

SU.NDERLAND.

Non, mon ami...

ARTHUR

C'est égal , il faut que je vous le dise ; j'ai besoin d'en parler, l'amour est bavard, et la joie aussL.. Imai^inez - vous quMl y a quelques mois, je me trouvais à Brighton , et me promenais par biisard au bord de la mer. Je crus apercevoir de loin des jeunes tilles du pays , qui , bien exactement envelopp'es de leurs larges manteaux de laine, prenaient entre elles le plaisir du bain. Discrètement je m'éloignais, non sans avoir envie de retourner quelquefois la tèlc , lorsque j'entends plusieurs cris... La mer montait alors , en un vent léger qui l'agitait avait sans doute effrayé les

jeunes baigneuses; car tontes s'enfuyaient, excepté une seule, qui, tremblante à l'aspect des vagues , restait immobile et courait risque d'être engloutie.

SUNDERLAND

Je devine ! le dénouement de rigueur... ta voles à son secours, tu la ramènes à bord.

ARTHUR

En héros désintéressé; car, seulement alors, je jetai les yeux sur ma jeune Néréide, qui était évanouie dans mes bras... Imaginez-vous, mon oncle , une figure de roman , de ces visages qu'on peut lire quelquefois, mais qu'on ne voit jamais; et quand je l'eus transportée à l'auberge voisine, avec quelle voix enchanteresse elle demanda le nom de son libérateur! J'avais à peine répondu : « Arthur Seymour , enseigne dans les gardes da » roi, » que ses compagnes arrivèrent; il fallut me retirer , et le sou* seulement, il me fut permis de m'informpr de ses nouvelles , de passer auprès d'elle toute une soirée ; mais soit caprice de sa part , soit que le service que j'avais eu le bonheur de lui rendre la fit rougir de reconnaissance, elle voulut rester inconnue, et elle partit, sans que j'aie pu soupçonner qui elle était.

SUNDERLAND

La belle avance !

ARTHUR

Vous jugez que , de ce moment , je ne pensais plus qu'à elle , et quelques semaines après , j'aUais à Oxford rejoindre mon régiment, seul, à pied, sur la grande route... quand je dis seul, toujours avec elle , avec son image , qui ne me quittait pas... quand voici des nuages de poussière , des piqueurs, des jockeys, gare! gare! Je me retourne avec cet air de mauvaise humeur que prennent volontiers les piétons qu'on écrase. C'étaient plusieurs voitures de la cour, et dans l'une d'elles, carrosse à six chevaux, j'aperçois ma jeune dame, qui m'adresse de la main et du regard un salut enchanteur.

SUNDERLAND

Ah ! mon Dieul c'était la reine.

ARTHUR

J'en ai eu peur... heureusement le portrait de Sa Majesté, que j'ai vu depuis, est venu me rassurer ; mais le plus singulier , c'est que , depuis ce moment , tout m'a réussi ; je me suis distingué , je suis monté en grade; j'ai été nommé lieutenant; vous m'avez prêté de l'argent!... enfin, une foule d'événements plus exU*aordinaires les uns que les autres !... Mais plus de nouvelles de ma belle inconnue, et maintenant que, grâce à vous, me voilà en fonds, je vais parcourir l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande , jusqu'à ce que je la retrouve.

Air da vaadeTitle de VHotnme vert.

Déjà le sort qui me seconde Deax fois m'offrit ses traits si doux ; Sur la terre ainsi que sur l'onde...

Et le troisième rendez-vous Encor plus incompréhensible Peut avoir lieu Tun de ces jours.

8UNDERLAND.

Dans le ciel même...

ARTHUR

Cest possible, Les amoiireux y sont toujours.

Et dès demain je vais à Garlisle demander un congé au colonel, ou au général, au roi luimême, s'il le faut

SUNDBRLAND, avec intention.

Ou, ce qui vaut encore mieux , à miss Arabelle Churchill, à laquelle on ne peut rien refuser.

Oui, c'est ce qu'on m*a dit; mais plutôt mourir que de rien devoir à de pareils moyens , et s'il n'y a que moi qui lui demande...

SUNDBRLAND.

La connaissez-vous, Arthur?... et est-elle réellement aussi bien qu'on le dit?

ARTHUR

Je rignore ; Je suis toujours en garnison , je ne Tai jamais rencontrée ; mais Tempire qu'elle exerce sur notre souverain atteste assez le pouvoir de ses charmes. Il ne pardonne pas la moindre offense contre celle qu'il aime.

SUNDBRLAND, à part.

Ah! mon Dieu!

ARTHUR

Malheur à qui oserait s'attaquer à elle! le ressentiment du roi serait terrible. On me l'a dit, du moins. Du rcsïc , si vous tenez à avoir des détails , vous en aurez demain , par mes amis, qui la connaissent.

SUNDBRLAND.

Et qui donc?

ARTHUR

Ces Jeunes officiers dont je vous parlais... Ne les amenant pas ce soir , je les ai invités pour demain à déjeuner... j'ai pensé que cela vous arrangerait mieux , et puis ils ne sont qu'une douzaine.

SUNDBRLAND.

Une douzaine I... c'est fait de moi !

Qu'est-ce donc?

SUNDBRLAND.

Rien... (a part.) Maudit projet que J'ai eu là... chienne d'expédition! si elle pouvait manquer !... (Oq entend en dehors deux sons de cor.) C'CSt

fait de moi I... je n'ai pas une goutte de sang dans les veines.

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