SCÈNE VI
ÂNTÉNOR, DE PRESLE.
ANTÊNOR, à U cantonade.
Non , non , ne dérangez pas ces dames , j'attendrai... c'est une des prérogatives de mon état de prétendu... Eh mais! n'est-ce pas M. le comte de Presle?
Anténor Jousse 1 mon ancien camarade de collège, que depuis quatre ans je n'avais pas rencontré une seule fois dans le monde.
ANTÉNOR
C'est que pendant ce temps, mon cher ami, j'en ai été tout à fait retranché et séquestré : j'étais entré au grand séminaire.
DE PRBSLE.
G*est donc vrai? je croyais qu'on le disait pour se moquer de toi.
ANTÉNOR
Non vraiment; moi, je n'ai jamais eu d'ambition; mais ma mère en avait, et comme c'était alors le seul moyen de parvenir.
AiR : Du partage de la riehette.
Sous l'empire, où régnait la gloire , Dans les dragons je das être englobé ;
Quand régna la soatane noire.
Elle voulut de moi faire un abbé.
DE PRESLE
El maintenant, où quiconque pérore , Monte sans peine aux grandeurs de l'Élat ,
Si la mère vivait encore , Infortuné, tu serais avocat.
Mon pauvre ami , tu serais avocat.
ANTÉNOR
C'est probable : je n'aurais pas pu échapper les robes noires; mais alors, mon oncle « qui est évêque, devait me pousser et me protéger ; j'aurais fait mon chemin , c'est-à-dire , non , parce que je n'avais pas de vocation : dans mes rêves « rt même tout éveillé, je pensais toujours à un bon ménage , à une femme , à des enfants \ c'était tnal ! cela m'aurait perdu... et à la mort de ma pauvrt! mère , j'ai quitté la soutane et je suis entré chez un agent de change pour faire mou salut»
DE PRESLB.
Est-il possible !
ANTÉNOR
Oui, mon ami ; il vaut mieux être un bon négociant qu'un mauvais...
DE PRESLP.
Tu as raison ; quelque état que l'on choisisse , l'essentiel est de l'exercer en honnête homme...
ANTÉNOR
Mon patron m'a pris en affection ; il voulait même me donner un intérêt dans sa charge , et alors ma fortune serait faite ; mais pour cela il faudrait cent mille écus, et tout mon patrimome réuni fait à peine le tiers de cette somme.
DE PRESLB,
N'as-tu pas des amis qui seront trop hcureiix de veniràtonsecom's?
ANTÉNOR
Est-il possible!
DE PRESLB»
Moi , tout le premier : j'ai plus d^argent qu'il ne m'en faut, et si cela peut t'obliger, je te prête les deux cent mille francs qui te manquent
ANTÉNOR
Ah ! mon ami ! mon cher ami 1 c'est étonnant, on nous enseignait là-bas que la société était perflde, le monde corrompu... Moi, depnis quefjr suis , je ne trouve que loyauté, générosité, désin* téressement, parmi les hommes.
DE PRBSLE.
Fasse le del que tes illusions continuent! Ta acceptes donc?
ANTÉNOR
C'est-à-dire, je ne refuse pas; mais, Tois-ta, j'ai écrit à mon oncle révêque , qui est fort riche , comme tu sais , pour le prier de m'avancer cette somme ; je n'ai pas encore reçu sa réponse , qui , j'en suis sûr, sera favorable : et il await droit de se fâcher, ce bon onde, si d'ici là Je m'adressais à d'autres qu'à lui.
LE CHAPERON
DE PBBSLE.
G^est juste.
ANTÊKOB.
Mais je t*en garde la même reconnaissance; et je proclamerai partout ton amitié , ta générosité*
On tout : ta me feras le plaisir de n^en rien dire ; ou nous nous fâcherons. Mais tu aurais un autre moyen de me rendre service.
ANTÊNOa.
Lequel, mon ami?
DE PRESLE
Apprends-moi comment tu es reçu dans cette maison , et sur quel pied tu y viens t
ANTÉNOn.
Ty viens dans un but légitime ; mes idées de mariage me tiennent toujours, surtout depuis que j'ai vu mademoiselle Delphine , la sœur de madame de Treneuil, une jeune personne charmante.
DE PBESLE.
Cest possible , je n'ai pas remarqué.
ANTÉNOB.
Ne nie dis pas cela , cela me ferait de la peine pour toi ; moi , je n'en dors pas , j*ai des vertiges , des extases , j'en perds la tête , je m'embrouille dans mes reports et dans mes fin courant ; et je ne conçois au monde de félicité que par elle.
DE PBESLE.
Pauvre garçon ! et tes vœux sont-ils bien accneilUs ? te voit-elle avec plaisir?
ANTÉNOB.
Je n^eii sais rieti , mais elle rit quand eUe me voit, c'est toujours cela... elle est si bonne !
Air û'Ârittippe, Je suis toujours des traits de sa folie
Dédommagé par son bon ccsur;
A la moindre plaisanterie
Toujours succède une faveur ; Un mot piquant me vaut une douceur.
Gbacuo me plaint d'un bonheur qu'on ignore... Je laisse dire... et de moi , Dieu merci l
Pour peu qu'elle se moque encore ,
Je suis sûr d'être son mari.
DE PBESLE.
Je comprends.
ANTÊNOB.
Cest pour elle que j'ai appris la musique , pour elle que j'ai appris la valse et la galope ; et depuis ce temps-là elle m'a donné de l'espoûr.
DE PBESLE.
Je t'en HaJs compliment
autêivob.
Oui , mais nous sommes tant de danséttrs , c'estk-dlretantde concurrents.*.
DE PBESLE.
Gomment cela?
auténoe.
Madame de Treneuil, pour laisser à sa sœur
toute liberté dans son choix, s'est feit une loi et un devoir de recevoû* chei elle tous ceux qui s'annoncent comme prétendants.
DE PBESLBi
Est-il possible?
ANTÉNOB.
Oui , mon ami ; d'ici à ce que sa sœur se décide , tous sont admis ; il y a de quoi faire une contredanse à seize.
DE PBESLB, Tirement.
Dieu I que c'est heureux 1
ARTÊNOB.
Et pourquoi?
DE PBESLE.
Parce que plus il y aura de concurrents, et plus tu auras de gloire à l'emporter.
AlfTÉNOB.
Je ne tiens pas à la gloire.
DE PBESLE.
Tu as tort ; et je ne sais comment te femefder de l'idée... non, de la nouvelle que tu viens de me donner. Tu es un brave et honnête garçon qui , en tout temps , peux compter sur moi.
ANTÉROR , le scrrtnt dam ses bras.
J'y compte, mon ami, j'y compte; et, entre notis, c^est à la vie et à la mort.
DE PBESLE.
Tais-toi donc, voilà ces dames.
ANTÉNOB.
C'est vrai.
DE PBESLE.
Présente-moi à elles , je t'en prie.
ANTÉNOB.
De tout mon cœur.