‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 376 sur 756 · MAI>AME DE TRENEUIL · texte numérisé non relu

MAI>AME DE TRENEUIL

Eh bien?

DE PRESLB»po

Allons donc...

ut Delphine.

PELP01NS.

Eh bien 1 je croyais que d'abord... Toi conviens... Mais ce que monsianr vient de me dire m'a décidée en sa faveur.

ANTÉNOR et MADAME DE TRENEUIL.

Giell

DE PRESLE , à madame de T^eneuil.

Vous voyez, je ne loi fois pas dire.

ANTÉNOR, aUaot » de Preale.

Monsieur, cela ne se passera pas aiasl, et nous verrons.

LES DAMBSt

Monsieur Anténor...

ANTÉSOR.

Non , non, il ne faut pas croire qu'à cause de mon anciep état..

DE PRESLE

Plaire i coups de pistolet. Joli ^ritèffle.

ANTÉNOR

11 a raison I... et moi qui les ai laissés ensemble cinq minutes! cinq minutes, pas davantage. (Re-

gardant alternatÎTement Delphine et de Presie qui se font des

signei. ) Et des slgucs d'intelllgeuce. . • Je sub anéanti... et c'est d'autant plus mal à vous. Mademoiselle , que si vous m'aviez dit cela seulement il y a un quart dlieure , je ne m^étais pas encore arrangé pour être heureux , il n'y aurait pas en de contre-coup, et peut-être plus tard , l'absence , la résignation , et de bonnes lectures... Mais à présent I... Ah I j'en mourrai.

DELPHINE , I part.

La 1 juste ce que j'avais prévu!

MADAME DE TRENEUIL.

Anténor, mon ami.

(De Presle pa«e 4 la droite de Delphine.) ANTÉNOR.

Non , Madame, pourquoi vous attendrir sur nés infortunes^ Ke prenez pas cette peine-là; je commence à m'y faire : dans la même journée, un ami d'abord; ensuite un oncle, et puis une amante. Il n*y a que vous, Madame, vous seule qui ne changiez pas, qui ne changerez jamais, et que rien ne pourra séduire. Aussi, dorénavant, amitié, parenté, amour, je ne croirai plosàrien.

LE CHAPERON

qu'à votre bonté, qu'à votre générosité. Je vais chercher mon chapean.

DILPBIlfB, *p»rt.

Dieul,.. ( 0tat et vbemeQt.) Antéoor !»••

PB PBBSLE, bM.

Imprudente !

ANTÉNOR , te retoornant.

Vous me rappelez, Mademoiselle?

DELPHINE

Mol P non. (Pr^lode daof la couliase par la porte qui est

restée oorerte.) Ah ! si fait , le prélude de la contredanse... (Bat à de Prede d'une toiz mippliante.) Rien

que cela.

(il lai fait on léger tlfiie de GODaenteiaeiit , et lui rappelle emuite qo*elle doit ae taire , par*ua geste rapide , auquel elle répoqd p«r un clia d^œil.)

ANTÉNOB.

Quoi ! VOUS exigez encore ?.••

DELPHINE

Air de la Galope, Oui , si Je ne m'abqse , Voici le premier air ; Allons, s'il me refuse, Il me le patra cher.

ANTÉNOR

A soulTrir cet outrage Je saurai m'efforcer :

Oui , j'aurai du courage.

Et je m'en vais danser.

EUSKMBLE.

DELPHINE, Oui« de la contredanse Voici le gai refrain; £t je crois que la danse Bannira son cbagrin.

MADAMB DE TBKNEUIL.

Il me brave, il m'offense; Je rejoignais en vain; Croit-il, par sa présence , Détruire mon dessein?

DB PBBSLB.

Son cœur, de résistance, Contre moi s'arme en vain.

Et ma persévérance Changera son dessein.

ANTÉNOB.

Pour moi, plus d'espérance. Mon malheur est certain ; El cette contredanse Bst un nouveau cbagrin.

(Aoténor doope h n^ain k Delphine, et «ort avec elle; la porte se referme , et on cesse d'entendre la musique.)

SGÈNB XIII.

'Hapave de TRENECIL. de PRESLË.

(De Presle a suivi Anténor et Delphine, et au momentd'eatrer dans le salon, il s'arrête, et, s'inclioant , il dit ft ma- «Ivpe de l^epeuil i)

DE PBESLB*

Vous me permettrez , Madame, de les suivre... 1 dans mon intérêt... I

MADAME DE TBENEUIL.

Un mot , de grâce, Monsieur.

DE PBESLE , à part et revenant.

On ne me renvoie plus, on me retient.

MADAME DB TBENEUIL.

Tai une explication à vous demander sur votre conduite, qui, d'un bout à Tautre, me paraît une énigme inexplicable.

DE PBESLE , froidement.

Rien de plus simple, Madame. Repoussé par vous. Je me suis adressé à votre sœur. Je lui ai fait la cour, et je suis décidé à Tépouser.

MADAME DE TBENEUIL.

A Tépouser! Et si je l'instruis des aveux que vous m'avez faits aujourd'hui même?

Vous le pouvez , Madame ; cette menace m'alarme peu. Si j'ai su prendre quelque ascendant sur elle , vous ne le détruiriez pas par là. On se fie à ceux qu'on aime, on n'a pas de peine à s'en croire véritablement aimé, et alors (avec expression.) OB DO leur opposc plus iiue lougue résistance.

MADAME DE TBENEUIL.

Eh quoi ! tirer avantage de la crédulité d'une jeune fille !

DE PBESLE.

Et à qui la f^ute , si ce n'est à vous qui m'y forcez?

MADAME DE TBBNEUIL.

Ah î VOUS en convenez. Vous l'avez trompée.

DE PBESLE.

Madame..,

MADAME DB TBENEUIL.

Et puis*je savoir par quelle magie, quel pouvoir merveilleux vous avez acquis ce prompt ascendant dont vous êtes si fier?

DE PBESLE.

Une magie toute simfde , l'accent de la vérité.

MADAME DE TBENEUIL.

De la vérité?

Oui , Madame, en suppliant votre sœur : comme votre image est toujours présente à ma pensée, je me suis involontairement figuré que c'était à vous que Je m'adressais ; et , une fois que j'ai en fait ce premier effort d'imagination , le reste m'a été facile. J'ai mis tant de feu dans Texpression de mes sentiments , je lui ai peint avec des couleurs si vives le désespoir qui m'attendait, s'il fallait vivre loin de vous.... je veux dire loin d'elle.... que cette jeune personne n'a pas pq s'empêcher d'être attendrie , en se voyant aimée à ce point-là.

MADAME DE THENBUIL.

Aimée 1 à merveille, Monsieur! par ce récit vous essayez encore de me faire croire à une passion impérieuse , irrésistible : cela est bon pour ma sœur... mais, pour moi, je n'ignore pas que cette prétendue passion vous laisse quelques intervalles de loisir. Car j'hésitais à vous en reparler, attendu que , quant à moi , je vous le répète , rien ne m'est plus indifférent Mais enfin , une intrigue amoureuse, un duel l'autre semaine. (De Pre»ie,

êuu loi répondre , tire un bouquet fané de son sein et Vj rq>lace aunitôU ) Que VOiS-jC I Ah ! de Presle ! ( EUe te cache la tète dam les maim. Il ToUerre. Va silence. Elle reprend arec beaucoup d*émotiou.) Quoi ! c'eSt pour

ravoir ce bouquet, dont un fat s'était emparé, que vous avez exposé vos jours ?

Air : Simple soldat.

Quelle folie ! 6 ciel ! si j'avais su... Mais J'en vois une encor bien plus à craindre Dans le projet que vous avez conçu , Par un dépit que le temps peut éteindre... Vous de ma sœur vouloir être l'époux!

C'est aux regrets vouer votre existence ; Et maintenant ce n'est plus par courroux Que je persiste à parler contre vous , Monsieur, c'est par reconnaissance.

DE PRESLE

Vous êtes bien bonne , Madame , de vous intéresser à mon sort: ce n'est pas votre habitude.

MADAME DE TRENEUIL.

Eb ! Monsieur, si ce n'est pour vous , c'est pour le bonheur de Delphine , auquel vous ne pensez pas.

DE PRESLE

Eh mais! je vous ferai le même reproche, et avec plus juste raison : car c'est vous que cela regarde plus que moi. Comme sa tutrice , vous êtes responsable : et son malheur, puisque c'en est un de m'appartenir, vous ne devez l'attribuer qu'à vous seule, à vous qui , d'un mot, pouviez l'empêcher.

MADAME DE TRENEUIL.

Moi ! et comment?...

DE PRESLE

En vous dévouant pour elle.

MADAME DE TRENEUIL.

Je sais ce qu'un tel parti a de pénible pour vous ; mais sans cela , où serait le mérite , où serait le sacrifice?... Je vous l'ai dit. Madame : ou votre mari , ou votre beau-frère ; ou le malheur de votre sœur, ou le vôtre : choisissez.

MADAME DE TRENEUIL.

Ni Pun , ni l'autre ; car ma sœur ne peut se marier sans mon consentement , et je le refuse.

DE PRESLE

Contraindre son penchant !

MADAME DE TRENEUIL.

Taime mieux sa douleur aujounThui que ses reproches plus tard. Et comme sceur* comme tutrice, je l'obligerai bien à m'obélr.

DE PRESLE

De la tyrannie!... Cela porte malheur, Madame ; et dès que vous sortez de l'ordre légal , dès que vous tombez dans le despotisme , je sais les moyens qui me restent , et j'y aurai recours.

(il salue etaoru)

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