HÉLÈNE, HANTZ
HÉLÈNE , entr^ooTrant la porta»
11 D'est pas là?
HANTZ
Non, Mademoiselle.
HÉLÈNE, I rantichambTe.
Restez, Catherine, et attendez-moi. (AHants.) Gomment va-t-ii ce matin ?
HANTZ. 9
Mieux, grâce à vous; car, sans vos bontés, c*en était fait de mon cher et honoré maître.
HÉLÈNE
Ne parlons pas de cela.
HANTZ
Vous qui, tous les jours, du premier étage, où vous demeurez , ne craignez pas de monter ici , an quatrième, pour apporter des soins et des consolations à un pauvre malade.
HÉLÈNE , souriant.
Qui, grâce au del» ne Test ploa, car Je vola
qu'il est sorti; et il a même oubUé que c'était le Jour de ma leçon. Vous lui direz que ce n'est pas bien.
HANTZ , la retenant.
Ah! restez. Mademoiselle, restez; il va rentrer : il serait fâché de ne pas vous avoir vue.
HÉLÈNE
Air du vaudeville de l'Êeu de iix frames. Alors, parfois donc il se fâche?
HANTZ
Lui!... jamais... je le connais bien.
Travaillant toujours sans relAche, U ne dit rien , ne s' méV de rien; Tout ce qu'on fait est toujours bien.
Mes caprices, quels qu'ils puissent être. En tout temps par lui sont souflTerts; Et d' puis six ans que je le sers.
C'est toujours moi qui suis le mattré. *
HÉLÈNE
Et comment Tavez-vous connu ?
HANTZ
Je ne le connaissais pas, ni lui non phis: j'ai été pendant quarante ans bedeau et suisse à la ca* thédralede Cologne, je dis bedeau et suisse, car je remplissais alternativement les deux emplois quand le suisse était malade , c'est moi qui tenais sa place, et sans vouloir dire de mal de mes anciens seigneurs... devenu vieux, ils m'ont misa kl porte , sans un florin dans ma poche ; moi ! un invalide ; presque un ancien militaire... car,lor8qiie, pendant quarante ans» onaporté lahallebarde.M
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i'vmx
LE SAVANT
HÉLÈNE
C'est Juste.
HAIITZ.
rétais donc sur le pavé, et prêt à mourir de faim ; car , Je vous le demande , à quoi peut servir on bedeau destitué ?... lorsqu'en passant dans la rue , Je heurte violemment , et sans Tapercevoir, un homme qui lisait en marchant, et qui était si peu sur ses gardes, qu*il fut renversé du coup ; c'était le professeur Reynolds.
HÉLÈNE
Et voilà comment vous vous êtes rencontrés la première fois ?
HANTZ
Oui, Mademoiselle ; et quoiqu'il eût une lai*ge bosse au front , il me remerciait de son livre qui était tombé , et que Je lui rendais en l'essuyant de mon mieux; de là il vint à m'interroger, et quand il apprit
Air du vaudeville du Ckarlatanitme, Qu' j'étais vieux , infirme , et sans bien , Et , quelque état que je choisisse , Que je n'étais plus i>on à rien...
Lors , il me prit à son service.
Prés de lui, depuis ce moment , Je jouis de tous les avantages , Car il me paie exactement Pour ne rien faire, et franchement, Je ne lui vole pas ses gages.
HÉLÈNE
Plus Je regarde son cabinet , sa bibliothèque , plus Je le trouve heureux ici !... c'est un vrai paradis!
HANTZ
Hum ! hum !... un paradis!... pas tout à fait; le paradis , si Je m'en souviens , c'est un beau jardin en plein air; tandis qu'ici...
HÉLÈNE
Mon Dieu I le paradis est partout où l'on est
heureux. ( Begardant le* livre» de U bU)liothèque. ) Et Je
ne vois pas làses ouvrages à lui , ceux qu'il a composés ; ils sont dans toutes les bibliothèques, excepté dans la sienne... car tu ne sais pas que ton maître, le docte Reynolds, est un homme d'un grand talent, d'un inunense savoir, qui sera un Jour un des plus beaux génies de l'Allemagne.
Vous croyez?... tant pis.
HÉLÈNE
Et pourquoi donc ?
HANTZ
Voyez où cela le mène : à être malade , à se tuer ! Et comment en serait-il autrement?... il ne fait pas autre chose que lire et éaire depuis le matin Jusqu'au soir , et quelquefois même toute la nuit; pas d'air, pas d'exercice. •• ça lui épaissit le sang» et il mourra quelque jour d'apoplexie.
HÉLÈNE 9 effrayée.
Ah I mon Dieu !
HANTZ
Et à son âge! car il est Jeune encore, il a à peine trente-quatre ans.
HÉLÈNE
Vraiment!
HANTZ
C'est l'étude qui le vieillit; et puis, faut-il s'étonner qu'il soit si triste, si mélancolique?... toujours courbé sur ce qu'il appelle des classiques , de gros livres grecs et latins qui lui donnent un tas d'idées diaboliques et païennes ; car voyezvous, Mam'selle, un classique, c'est ni plus ni moins qu^un païen ; et vrai , là , sans médisance , je crois que mon maître en tient un peu.
Y pensez-vous?
HANTZ
Héhis I oui ; quand par hasard la procession passe sous nos fenêtres , et qu'on entend ces belles voix de chantres , et cette douce musique des serpents, il n'y tient plus, il Jette sa plume, il se démène comme si on l'exorcisait; est-ce étonnant!
HÉLÈNE
Sans doute; car M. Reynolds est si honnête homme, si bon!...
HANTZ
Lui ! il aime tout le monde; quand Je dis tant le monde , faut pourtant en excepter les chaudronniers, les armuriers, les serruriers, les maréchaux !... et les tambours donc I... oh ! les tambours le mettent aux champs ; et quand il y a une revue , ou une parade , il n'y est plus.