SCENE VIL
Les Précédents, HENRIETTE; MAOGIRON,
tenant on journal ; MADEMOISELLE MAUGIRON, tenant un cahier de la Revue de Parti.
HENRIETTE , entrant avec Maogiron.
Mais je vous répète, mon p^e, que le déjeuner est servi.
MAUGIRON , avec impatience.
Et tu me dis cela au moment où mes journaux arrivent
HENRIETTE
Je vais toujours faire le thé avec ma tante , n'est-il pas vrai?
MADEMOISELLE MAUGIRON
Mais laisse-moi donc achever ma Bévue de Paris , le héros qui s'était tué respire encore.
HENRIETTE
C'est fort heureux.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Et on va le disséquer vivant , c'est charmant
HENRIETTE
Alors nous allons vous attendre dans ki salle à manger avec ces messieurs, et si monteur Gauthier veut me donner la main.
GAUTHIER
Avec plaisir, ma jolie nièce.
HENRIETTE, à Emile.
Est-ce que monsieur serait indisposé? est-ce qu'il serait plus souffrant?
EMILE, i'indinant.
Non, Mademoiselle.
GAUTHIER , bas à Emile.
Vois quelle bonté ! quel touchant intérêt ! elle te trouve très-bien , j'en suis sûr; et ne pas oser lui ûke : « C'est mon neveu... »
EMILE , rappUant, et à Toix baise.
De grâce!...
GAUTHIER, de même.
Que le diable t'emporte, (offrant sa main à Henriette.) Allons, Mademoiselle.
( Ib font quelques pas ponr sortir. ) MAUGIRON, qui lit son journal.
« Nous apprenons à l'instant qu'un jeune 9 homme , connu dans les salons par quelques » essais poétiques, et chef de bureau dans les » Domaines, M. Emile Desgaudins... »
GAUTHIER , qui sorUit avec Henriette , entendant le nom de son neveu , s'arrête et dit s
Mon neveu!
EMILE , à part.
O ciel!
MAUGIRON , pouvant un cri.
Ah! mon Dieu!
TOUS
Qu'y a-t-il donc?
MADEMOISELLE MAUGIRON, qui a saisi le joiunal.
Ah l c'est affreux , c'est horrible l
( Elle laisse tomber le journal. ) GAUTHIER, s^emparant du journal.
Je saurai ce que ça signiûe.
MAUGIRON
Otez-lui le journal , tenez-lui les mains.
( Tout le monde s'empresse autour de Gauthier. )
£h ! non , morbleu ! je connaîtrai la vérité. (Lisant avec émoUou.) « Chef de burcau dans les » Domaines, M. Emile Desgaudins est sorti hier » de Paris sous prétexte d'une promenade , et a » mis fin à ses jours, en se précipitant dans la » Seine. »
HENRIETTE
Ah I le pauvre jeune homme !
GAUTHIER , regardant tour à tour le journal et son neveu qui lui fait signe de se taire.
Il est mort,, c'est imprimé, •• c'est dails le journal.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Plus de doute.
MAUGIRON, à Gauthier.
Ah ! mon cher ami , que vous devez être malheureux !
Malheureux!... moi, malheureux! Je suis furieux , je ne me possède plus.
MADEMOISELLE MAUGIRON
L'excès de la douleur.
GAUTHIER
Eh ! non , morbleu I (Regardant Emile.) Mais enfin, nous saurons, je l'espère , les causes d'une pareille extravagance.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Extravagance l
GAUTHIER
Laissez-moi , de grâce , laissez-moi un instant.
MAUGIRON
Je conçois qu'on a besoin d'être seul.
GAUTHIER
Oui, allez déjeuner, je vous rejoms tout à l'heure ; car j'ai une faim d'enfer.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Vous avez faim? vous pourriez manger?
GAUTHIER
le le crois bien.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Cet onde-là est d'une insensibilité... Mais en général, tous les oncles de l'ancien régime...
Air : Rendez-moi mon léger btUeau, Je vous prie, ici laissez -moi, (Montrant Emile.) Hors monsieur, dont j'espère Quelque mol qui m'éclaire...
EMILE
J'attends yos ordres.
GAUTHIER , i part.
Sur ma foi :
Mort ou vif, tu diras pourquoi.
KNSBMBLB.