‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 494 sur 756 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

EDGARD, GAMILLA.

EDGARD , froidement et avec ironie.

n est fâcheux que vos occupations ou vos visites soient si nombreuses , qu'un ancien ami soit obligé de vous demander une audience, qu'il n'obtient encore qu'avec peine.

GAMILLA.

Ah I vous ne m'avez jamais parlé ainsi.

EDGARD, avec chaleur.

Devez-vous en être étonnée?... etn'ai-je pas le droit d'être offensé, moi dont la confiance, peutêtre, eût dû mériter la vôtre? mais loin de là, vous n'avez répondu à ma franchise que par la dissimulation.

GAMILLA.

Monsieur !...

EDGARD

Je n'accuse point sans preuve , les faits parlent d'eux-mêmes. Pourquoi ne pas m'avoir avoué que vous refusiez d'aller au bal pour attendre ici , pour recevoir le baronnet?... J'aurais pu vous dire ce que je pensais d'une telle démarche , mais je n'en aurais pas été blessé... Malu*esse de votre cœur et de votre main , peu m'importe qui vous préfériez, votre choix m'est indifférent; mais votre réputation , votre honneur, ne me le sont pas: ils appartiennent aussi à vos amis, vous l'avez oublié un instant; et voilà ce dont je me plains.

GAMILLA.

Ah ! Edgard I... tant de douceur , tant de bontés, quand vous croyez avoir à me blâmer...

EDGARD

Quand je crois!... n'ai-je pas vu le baronnet ici, à vos pieds?...

GAMILLA.

Et si c'était malgré moi , sans mon consentement?... si je n'avais pu l'empêcher?...

EDGARD

Que dites-vous?...

Que je ne l'attendais pas , que Je ne savais pas qu'il viendrait, je vous le jure.

EDGARD

Et comment alors se fait-il?...

GAMILLA.

Écoutez, Edgard : je suis bien malheureuse « car je voudrais et ne pids vous dire ce que je souflre ; je puis être coupable de légèreté , d'imprudence, mais jamais de fausseté; s*il en était ainsi, punissez-moi par le plus terrible des châtiments , par la perte de votre amitié , j'y consens ; mais d'ici là ne m'accusez pas, et plaignez-moi... d'avoir un secret pour vous... (Avec tendresse.) pour vous, à qui je voudrais confier tous les miens.. •

EDGARD

Je ne puis vous comprendre...

GAMILLA.

Je le sais, et c'est ce qui me désole...

EDGARD

N'importe , je ferai tout ce que vous me demandez, j'attendrai encore pour vous juger; un mot seidement..

GAMILLA.

Lequel?

EDGARD

Aimez-vous quelqu'un ?

GAMILLA, embarraM^.

Pourquoi me demandez-vous cela?

Vous m'avez promis de la franchise. «.

GAMILLA , le regardant tendrement.

Eh bien ! Edgard , je vous jure que je n'aime point le baronnet... que je ne lui ai rien promis, et que maintenant.. (Avec joie.) Oh ! oui, maintenant... je n'aurai plus avec lui aucune relation... Me croyez-vous?

EDGARD, rivement.

Oui, je vous crois, plus encore que ma raison... je vous crois, parce que vous le dites, et ne veux point d'autre témoignage: on est trop malheureux de se défier de ce qu'on aime. Aussi je ne vous demande plus rien... Êtes-vous contente, GamOla?...

GAMILLA.

Ahl... plus que je ne peux dire, et, si vous saviez ce qui se passe... là... dans mon cœur...

EDGARD , lui prenant la main.

Mon amie!... ma sœur! mais désormais, et excepté cette affaire qui a rapport au baronnet, plus de secret, plus de mystère: confiance tout entière...

GAMILLA, aolennellement.

Je VOUS le promets... (Se reprenant. ) Oh ! noiL..

avec vous je n'ai plus besohi de serment. Vous me croyez , n'est-ce pas ?...

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