‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 499 sur 756 · SCÈNE XX · texte numérisé non relu

SCÈNE XX

GAMILLA, LIONEL.

LIONEL

La voilà!...

GAMILLA , rentrant par la droite.

Ah!... c^est toi, Lionel I je te cherchais... il faut que je te parle.

LIONEL

Et moi aussi; je ne suis pas content;, je suis fâché contre toi.

CAIIILLA , vivament.

Et de quoi donc, mon Dieu?

LIONEL

De ce que tu as fait.

GAMILLA.

Quoi 1 tu saurais?...

LIONEL

Je sais tout, et ce n*est pas bien, ma sœur ; car enûn , à mon insu , sans m'en prévenir, cela pouvait me compromettre... me faire du tort pour mon mariage...

Et comment cela?...

LIONEL

Mon Dieu I c'est inutile d'entrer dans des détails ; je connais ces positions-là , et quoique j'aie promis de te gronder, je n'en ai pas la force , et j'arrive tout de suite au but; n'aie pas peur, ma petite sœur, je ne t'en veux pas , je te pardonne ,

et je fais mieux que cela... (Lui donnant le porte-

feoiiie. ) Tiens , prends...

GAMILLA.

Qu'est-ce que c'est que cehi?...

LIONEL

De quoi payer tes dettes !...

GAMILLA , lui présentant un autre portelBuille.

Je t'apportais de quoi payer les tiennes.

LIONEL

Et d'où cela vient-il?

GAMILLA.

Que f importe?... pourvu que cela ne vienne pas du baronnet, que je ne lui doive rien , que je ne le revoie plus; car, maintenant, ce n'est plus de l'indiiTérence... je le hais, je l'abhorre...

LIONEL

Laisse -moi donc tranquille, je ne te crois plus!... Edgard, qui en a des preuves, m'a assuré que vous vous adoriez...

Quoi! c'est Edgard !.«• c'est lui qui l'a dit... Edgard est un ingrat ; c'est l'homme du monde le plus injuste : il m'est aussi odieux que le baronnet , et je le déteste maintenant autant que je Taimais.

LIONEL , vivement.

Quoi! tu l'aimais?...

GAUILLA , pleurant.

Eh! monDieu!.. ai-je jamais fait autre chose?.. ( Avec pasuon.) Dcpuîs mou cnfancc , depuis que je me connais, c'est lai... Projets, avenir, espérance, tous mes rêves étaient là. Le bonheur avec ua autre n'eût pas valu pour moi le malheur avec

lui... ( S*arrètant. ) JC UO SalS CC qUC jC diS... JC SUIS

folle; je m'égare... j'oublie tout... ettu me demandes encore si je l'aime !

LIONEL

Tu l'aimes !... ma pauvre sœur ! ma Gamilla !... et II en aime une autre !...

GAMILLA.

Que dis-tu?

LIONEL

Il épouse Indiana; il l'a déclaré à moi , à sa tante , à toute la famille.

GAMILLA , 16 toulenant I peine.

C'est fait de moi, j'en mourrai... (vivement.) Mon frère , je t'en supplie , oublie ce que je t'ai dit... ce n'est pas vrai au moins , ce n'est pas vrai ! je ne l'aime pas, je l'oublierai, je n'y poiserai

plus. (Fondant en larmes.) Ah! tOUJOUr»!.... tOU-

jours!.., c'est pins fortqne moi I... Pourquoi aussi, ce matin, a-t-il fait naître en moi des idées qni en étaient si éloi^ées?.... pourquoi tantôt, ici même, me parlait-il comme à son amie.,, à sa compagne?...

LIONEL

Eh 1 oui , sans doute ; j'en suis sûr maintenant, c'était son intention ; il f aime , ou du moins il t*aimait ; je n'en doute plus quand je me rappelle ce que tout à rheurc... Mab tu conviendras aussi qu'il y a de ta faute. D'abord tu ne me dis rien, à moi qui ai de l'influence sur lui, qui aurais tout arrangé... Au Heu de cela , tu vas te compromettre à ses yeux , entretenir, sans m'en parler, une correspondance suivie avec le baronnet

CAMILLA , étODDée.

Moi, je n'ai reçu en ma vie qu'une lettre de luL.. et c'était pour toi...

LIONEL

Pour moi?

CAUILLl.

La void , un billet sur son banquier, pour cette somme*. •

LIONEL , TiTement et prenant la lettre.

Ça, je te le pardonne ; mais tes étourderies, tes dissipations. «. moi qui te croyais si économe, si rangée. ••

ClUILLA, éiotaèe.

Gomment?

LIONEL

Je ne te gronde pas, mais tu avoueras que tes relations avec Dubster, ces sommes que tu lui as empruntées...

CAMILLA

Qui te l'a dit?.,. Eh bien! oui, on l'avait chassé de cette maison, j'ai couru chez lui , et je l'ai tant prié , supplié , que , moyennant un billet de quatre cents guinées , qu'il m'a fait signer, il a consenti à m'en prêter deux cents,

LIONEL

Que dis-tu?

CAMILLA

Pour toi seul, les voilà, je te les apporte,

LIONEL , pouMot an cri.

Ah ! je suis un malheureux ! un misérable !

Ar : Du partage de la rieheue.

De mes fautes, de mes folies Je t'accusais... Que lu dois me haïr !

Modèle des sœurs , des amies.

Tu te perdais pour ne p&s me trahir. Sans te plaindre, sans te défendre, A ton malheur te résigner.

Et c'est pour moi !

CAMILLA

PouYais-je te l'apprendre?

LIONEL

Moi ! J'aurais dû le deviner.

Aussi...

CAMILLA

Que veux-tu faire?

LIONEL , prenant le billet de Gaœilla.

Donne, donne, je sais quel est mon devoir.

CAMILLA

Mais, Lionel...

LIONEL

Il ne sera pas dit que toi seule te seras toujours sacrifiée pour moi, et je veux... Adieu... adka, ma sœur.

( Il lort en courant par la droite. )

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