‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 511 sur 756 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Précédents, M. DE TORIGNI, HORTENSE.

BONNEVAL

Eh! le voilà, ce cher ami !

TORIGNI.

Mon cher Bonn i val... vous ne nous en voulez pas de venir ainsi chez vous en passant, sass façon et en ména^^e , car je vous présente ma femme... vous ne saviez peut-être pas que j'éta» marié?...

(Edouard s'approche de madame et de M. de Torifni , qu'il salue.)

LES MALHEURS D UN AMANT HEUREUX

BONNRYAL.

Non, vraiment...

TORIGNI.

Depuis deux ans , et une Jolie femme , Je m*en vante. Que voulez-vous ? vieux soldat de Bonaparte J*ai fait mon chemin , J'ai eu des grades, des dotations... J'ai été fait baron... comme tout le monde.

Air : Voulant par tes ctutret eomplêttt. Aussi, je me disais sans cesse.

De mon nom soutenant Teclat, A qaelqu'an il faut que je laisse Mes écuâ et mon majorai!

Et dans une telle alliance Je ne me suis pas , Dieu merci !

Décidé comme un étourdi , Car ToiU trente ans que j'y pense !

Et comme J'en avais soixante-deux , il était temps.

BONNBVAL.

Et, comme on dit, vous n*avez pas perdu pour attendre. '

TORIGNI , montrant m femme.

Non , certes... un peu Jeune , un pen vive , un peu étourdie , quelquefois même inconséquente.

HORTENSB.

Je vous remercie , Monsieur.

TORIGNI.

, Du reste , un cœur excellent , et une tête. . . c*est elle qui mène toute la maison , à commencer par moi , et cependant, vous le savez , je ne suis pas tendre.

HORTENSE

Ah! vous ftes bien modeste, vous pourriez dire colère... jaloux.

TOUir.NI.

Et même brutal , j*en conviens. Au moindre soupçon. Je brise tout, et il y a des moments où Je la tuerais; mais, cela passé , je redeviens le meilleur enfant du monde, et le mari le plus galant

nORTBNSE.

Oui, la galanterie de Tempire.

TORIGNI, «^avançant.

Que vois-Je? Monsieur de Thémine en ces

lieux ! (Thcmioe aaloe madame de Torigni , qui lui rend froidement son aalot. ) SurCrolt de plaisir, (a Bon-

nerai. ) Mou cher ami, voilà le plus aimable homme qui existe.

Vraiment !

TORIGNI.

G*est à son crédit que je dois le commandement de ce département ; et quand tant d^autres se vantent de ce qu'ils ne font pas , lui ne m'a Jamais rien dit d'un pareil service.

THÉMINB.

^e parlons pas de cela, général.

TORIGNI.

G*est au ministère seulement que je Tai appris.

HENRIETTE

Ah ! que c'est bien à lui I...

TORIGNI , à Hortense.

Et tu ne lé remercies pas comme moi ?

HORTENSE

Je n'en vois pas la nécessité, si c'est au crédit de monsieur que Je dois un exil dans les départements... moi qui n'aime que Paris... les bals, les spectacles.

TORIGNI.

Nous irons chaque hiver passer deux mois dans la capitale; Je l'ai obtenu.

HORTENSB.

A la bonne heure... vous , au moins , vous êtes aimable ; mais il n'y a pas de la faute de monsieur, et je lui demanderai toujours de quel droit il se mêle de protéger les gens qui ne réclament pas sa protection.

THÉMINE.

Je suis désolé, Madame, d'avoir mérité votre ressentiment.

TORIGNI.

Elle vous pardonnera.

THÉMINE.

Je l'espère, du moins.

HORTENSE

Et je l'espère, dans votre bouche, veut dire : J'en suis sûr... Eh bien ! c'est ce qui vous trompe, car il y a en vous. Monsieur, une intrépidité de bonne opinion que je ne puis souffrir, (a Tongai, qui fait uo geaie.) Oh! u'avez pas pcur, il le sait bien. Je ne lui apprends rien de nouveau; toutes les femmes le craignent ou le flattent : moi , je Ini dis toujours la vérité ; aussi nous sommes ennemis déclarés, ce qui n'empêche pas de se voir; et, puisque nous retournons à Paris, quand viendrezvous me demander à diner ?

TORIGNI.

Oui , pour faire la paix.

HORTENSE

Un mardi ou un samedi , mon Jour de loge aux Italiens, le général les déteste, vous m'y mènerez... mais rancune tenante !

THÉMINE.

Je l'entends bien aiusi , la guerre m'ofl're tant d'avantages!...

Et comment cela ?

THÉMINB.

Être votre ennemi , c'est un moyen de me distinguer ; Je suis sûr d'être le seul , tandis qu'autrement !...

HORTENSE

Ah! que c'est fade !

BONNEVA.L , ba* à Édoutrd.

En voilà une du moins qui ne Taime pas.

TOBIGNI.

Ab çà, outre le plaisir de vous voir... je suis venu pour affaires; j'allais à Paris consulter M. Edouard, votre fils, lorsque j*ai appris hier qu'il était chez vous en vacances , et j*ai dit : «Fouette, postillon! deux lieues de plus pour » trouver un homme de talent. »

THÉMINE.

On fait souvent plus de chemin sans en rencontrer.

Comme vous dites.

EDOUARD , pasfant auprès du générale

A VOS ordres, général... Mais nous parlerons de cela plus tard , car devant ces dames...

HORTENSE

Aht mon bien ! que je ne vous gêne pas... moi , je suis horriblement fatiguée... je vais fabe un peu de toilette.

TORIGNI.

Air du Pot de fleurt.

Et ta fatigue, chère amie ?

HORTENSE* Cela délasse !

TORIGNI.

II y paratt !

THÊMINB.

Dès qu'il faut raincre , tout s'oubUe

TORIGNI.

Des conquêtes tel est TefTet!

THÉMINE , k Torigoi.

Cette habitude était jadis la vôtre , Et votre bras, que la gloire guidait.

D'une victoire alors se reposait En en gagnant encore une autre I (Booneval et Henriette remontent le théâtre, et ctuaent ensemble. ) HORTENSE.

C'est très-joli, ce qu'il vous dit là, car monsieur est bien plus galant avec vous qu'avec moi... aussi je m'en vais , je vous laisse.

BONNEVAL « panant avec Henriette entre H. de Torigni et Hortense.

Ma fille va vous montrer votre appartement, la chambre verte, n'est-ce pas ? la première à gauche dans le corridor, une vue superbe» la vue sur mes vignes.

HENRIETTE

Ne vous inquiétez donc pas, mon père» cehi me regarde.

BONNEVAL

Par exemple... général, je crains que nous ne soyons obligés de vous séparer de madame ; car* dans cette campagne, nos chambres sont si pe-

tites , que vous aurez chacun la vôtre.», c'est trèsdésagréable.

HORTENSE, looriant.

Comment donc !... une maison charmante.

BONNEVAL

Vous êtes bien bonne.

HORTENSE, à Henriette.

Pardon, ma belle demoiselle, désolée de la peine que vous prenez... mais je vous rends

tout de suite à ces messieurs, (Saiuant Thémlne. )

Monsieur Tbémine... (saluant Torigni.) MoDiiearle général, j'ai bien l'honneur... Allons, mesûeon, parlez d'affaires, il n'y a plus de dames.

( EUe entre avec Henriette dans la chaiBbn à gaaacke. )

Page 1