‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 513 sur 756 · T0R16NI · texte numérisé non relu

T0R16NI

Oui, morbleu!... c'est une infamie, et je m*en rapporte à vous, qui êtes avocat et qui entendez la justice. Vous punissez, n'est-il pas vrai, le vol et l'assassinat? Si un malfaiteur s'introduit chez moi pour me dérober une somme dont je ne me soucie guère... il y a des lois, et s'il me dérobe ce que j'ai de plus cher au monde , il n'y en a pas i s'il me ravit mon honneur, mon repos, ma réputation, il faut que j'aille exposer mes jours pour en avoir vengeance ! je ne crains pas la mort, je l'ai vue de près... mais penser qu'en mourant, je laisserais auprès de ma femme un successeur peut-être... Non , je suis trop jaloux pour me faire tuer, et si jamais je trouvais chez moi un amant, un rival, je tirerais dessus sans remords; et, dans mon âme et conscience, je croirais avoir bien fait...

THÉMINE, souriant.

Vous dites cela , mais vous n'oseriez pas.

TORIGNI.

Et qui m'en empêcherait?

THÉUINfi.

Vous-même.

TORIGNI.

Ce n'est pas vrai...

THÉMINE.

Laissez donc , vous êtes trop brave pour cela» je parie bien...

torigM.

Je parie que non. (souriant.) Et prenez garde , mon cher ami, vous savez que vous n'êtes pas heureux avec moi en paris...

BOrSNEVAL.

Gomment cela?

TORIGNI.

Je lui en ai déjà gagné un il y a deux mois... lorsqu'on allant aux eaux, il s'est arrêté une demijouiliée... dans mon château, aux environs de Mâcon; et cette vlsite-là lui a coûté vingt-cint) louis.

BONNBVAL.

Ûciel!...

TORIGNI.

Tout autant , et je me le reproche, parce qu'en honneur, je pariais à coup sûr. Il voulait me soutenir que, du bout de mon parc, on n'entendait pas la cloche de ma salle à manger.

THÉMINE, vivement.

Du tout , ce n'était pas mot !

TORIGNI.

Vous et ma femme , vous êtes tous les deux d'une obstination...

THÉMINE , k pari, avec impatience.

Et pas moyen de l'arrêter!

TORIGNI.

Au point que, pour les convaincre, j*ai été obligé moi-même d'aller sonner...

BONNKVAL, tout effaré.

Non, non... ce n'est pas possible... et je doute encore.

TORIGNI.

Il n'y a pas à en douter ; c'est comme je vous le dis... rien n'est plus vrai.

BONNEVAL , à part.

Ah I mon Dieu I mon Dieu!

TBÊMINE, k Edouard.

Prends donc garde à ton père , qui va nous traUr.

TORIGNI.

C'est drôle, n'est-ce pas? très-drOle , ah 1

Les Précédents, HENRIETTE.

HENRIETTE

Mon père, madame de Torigni esl prête, le souper est servi ; et si vous voulez.. . ( Le regardant. ) Ah mon Dieu! qu'est-ce que vous avez donc? Quelle drôle de physionomie t...

TBÉMINK.

C'est vrai ! la figure la plus étonnante.

HENRIETTE, riant.

Àhlahlahl

THÉMINE , riaQt auMÎ.

11 n*y a pas moyen... de garder son sérieux...

(Tous te metteot k riro«) BONNET AL , regardant Thémine.

Et il ose rire encore!... Je n'ai pas une goutte

de sang dans mes veines... (Essayant de rire.)

Ah! ah!...

TDÊMINE, à Edouard.

Tâche donc de changer la conversation.

TORIGNI , regardant à terre et le baiwant.

Par exemple, pour un homme soignevx, foilà une lettre que vous laissez traîner à terre...

BONNEVAX, qui est pané auprèa d'Edouard.

Une lettre. . . laquelle ?.. .

TORIGNI , la ramMsant.

Non, je me trompe, ce n'est qu'une enveloppe... (La regardant.) A monsicur Bonueval. ( $*arrêtant.) Ah ! mou Dieu I...

EDOUARD, baa k Sonnerai.

L'écriture de sa femme... Il la reconnaît

BONNBVAL.

Que lui dire 9

THÉMINE.

Silence!...

TORIGNI , I part, et regardant toujours Vaàreae.

C'est bien sa main... et timbrée de Mâcon... U n'y a pas de doute... A monsieur BonnevaL Gomment ma femme écrit-elle à Edouard , à ce jeune homme, qu'elle ne connaît pas? Je le saurai. (Haut, à Bonnevai.) Je pcuse quc Cette eDveloppe contenait nne lettre qui appartenait à votre fils?

BONNEVAL, à part.

Dieu!... s'il allait lui chercher querelle!... (Haau) Non, général, non, c*est à moi que la lettre était adressée.

TORIGNI , le regardant avec intention.

Avons?...

BONNEVAL, k part.

11 va me prendre pour un séducteur.

TORIGNI , te contenant.

Puis-je savoir, sans indiscrétion, quelle est la personne qui vous a envoyé cette lettre ? Comment se fait-il qu'elle vous écrit?... quelle affaire ?... quelle relation ?...

BONNEVAL , I paru

Je me sens une sueur froide ; c'est fini , me voilà revenu des bonnes fortunes et des conquérants.

TORIGNI , avec une colère concentrée.

Eh bien!... ne pouvez- vous me répondre?... Y a-t-il là-dessous quelque mystère?...

EDOUARD , MWriant et paitant auprèa de Torigni.

Aacun , général ; mais il n'est pas étonnant que mon père ignore ce dont il s'agit : c'est moi qui ai reçu hi lettre , et qui l'ai lue.

(Bonneval pane k la droite de Thémine.) TORIGNI.

Etdequlébdt-elle?

EDOUARD

Vous voui en doutes bien : elle était de votre femme.

Et potrqnoi vous écrivait-elle ?

ftDOUARD.

Pour «DUS prévenir de votre arrivée.

THÉMIKB,bMà Edouard.

Aitterveille!...

SONNBVAL , I part.

Dieu! que ces avocats ont d'esprit, pour trouver des moyens!...

TORIGNI , I part.

Quoi ! vraiment, c'était cela ?... ( sonnant. ) Ek bien ! voyez , mes amis , si je suis malheureux !... Taspect seul de cette enveloppe, cette écriture, avaient déjà fait naître dans mon esprit mille idées absurdes.

ÉDOVARD , baa 4 Thémine.

Préviens madane de Torigni.

THÉMINE, de même.

J*j co«rs. ( atoc eflroi.) C'est elle !...

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