SCÈNE PREMIÈRE
THÉMINE , Madame DE SIMIANE.
( Thémine est assis k droite du thi^âlre , la tète appuyée sur sa maio ; madame de Simiane eutre par la porte k gauche , et parle à un domestique. )
MADAME DB SIMIANE, au domesUque.
Disposez tout, comme je Tai dit , et avertissezmoi dès que ces messieurs viendront... ( Le domestique sort par la porte à droite. ) ( Apercevant M. de Thémine , et & part. ) Âhl M. de Thémine... il arrive le premier... c'est bien...
THÉMINE , à part.
Plus de repos I... f*est horrible 1 et depuis six semaines , depuis ce funeste voyage , ne pouvoir chasser cette idée qui me poursuit !...
MADAME DB SIM lANB, s'approchent doucement.
Une me voit pas, tant il est préoccupé I il ne faut pas m'en plaindre , c'est peut-être à moi qu'il pense.
THÉMINE , ft part.
Fatale soirée ! fatale ivresse !... (Madame de si-
miane s'approche lentement , et met sa main sur son épaule.
QBUVBES COMPLETES J)E SCRIBE.
Thênio0, U regardant.) Ah ! ÂDHéUe !••• (Atm délire,
et joignant ka maina. ) PardoO !... PardOOneZ-IDOi !•••
MADAME DE SIMIAI<(E, aourianU
De ne in*avoir pas vue !
THÉMINE.
Oui J'en avais besoin... je vous appelais... ne me quittez pas !... quand vons êtes près de moi, je suis heureux ! je ne pense plus à rien , qn^ ¥Ous, qui, malgré votre cruauté, votre sévérité , êtes mon ange gardien.
MADAME DE 8IMIANE.
Dites -VOUS vrai?... tant mieux; mais iavezvous, mon ami, que depuis plus d*un mois, depuis votre retour des eaux , vous m'inquiétez sérieusement ?..«
Air du Piège, Oo d*bamear noire oo de vapeur On TOUS croirait atteint !
TBÉMINE.
Quelle injustice !
MADAME DB SIMIANE
C'est donc le spleen ?
THÊMINB.
Eh! non, rraiment! erreur!
MADAME DE 8IMIANE.
Alors, Monsieur, c'est un caprice, C'est pire encor; ce sont des torts nouveaux
Qu'il faut nous laisser, à nous autres! Pourquoi, messieurs, nous prendre nos dérauts? Vous avez bien asses des vôtres !
Et c'est pour vous gronder que je vous ai fait venir de si bon matin ici, dans mon château; vous pensiez peut-être être en bonne fortune ?
THÉMINE.
Mais oui; puisque je venais vous voir.
MADAME DE SIMIANE
Eh bien ! mon ami , détrompez-vous ; il s'agit de choses très-sérieuses, et auxquelles vous ne vous attendez guère... D'abord, parlons raison : il y a quelques mois , quand je vous offris ma main , vous m'avez refusée... vous n'aviez rien, vous ne vouliez pas tenir de votre femme votre fortune et votre existence dans le monde ; et tout en blâmant on excès de délicatesse qui nous rendait malheureux, je trouvais à ce refus un motif trop noble pour m'en ofiVnser; mais, depuis six semaines environ , la mort de votre cousin vous laisse héritier d'une fortune égale au moins à la mienne : c'est chez votre ami , chez M. Edouard Bonneval , que vous avez , si je ne me trompe , appris cette nouvelle ; et dès le lendemain au matin , vous avez quitté sa campagne près de Dijon , et vous êtes accouru chez moi , à Paris , dans un état que je ne pourrai jamais oublier... un air sombre et égaré, une physionomie tonte renversée ; et cependant je ne pouvais attribuer cette douleur à la perte de votre cousin , que vous n'aimiez pas , et avec qui vous étiez fort mal... Ma première pensée, je
l'avoue (on craint tout quand on aime), fat que votre cœur était changé... que vons ne m*aimiez plus...
THÉMINE.
MADAME DB SIMIANB.
Je fus bientôt rassurée... jamais vous n'aviez été pour moi plus tendre et plus assidu; mab souvent, dans vos yeux, il y avait une expression de regrets, d'amour et de repentir, qui me touchait tellement, que , bien des fois , je fus tentée de vous dire : Je te pardonne...
THÉMINE.
Me pardonner... et quoi ?•••
MADAME DB SIMIANE
Je n'en sais rien , mais je vous pardonnais toujours; et maintenant que je sais tout...
THÉMINE.
O ciel!... vo«8 sauriez... non... non... ce n'est pas possible.
MADAME DE SIMIANE
L'autre sematne , au jardin , vous causiez avec votre frère... j'étais près de vous, et il vous disait: « Eh bien ! quand vous mariez-vous ?... — Peutêtre jamais ! avez-vous répondu... Il me semble que j'ai si peu de temps à vivre... je suis tellement souffrant, que, quoique adorant madame de Simiane, il y a peu de générosité à moi à l'associer à mon sort.. » Voilà ce que vous avez diL.. et c'est donc là. Monsieur, la cause de votre tristesse ?
THÉMINE, àptrt.
Ah !... gardons-nous d£ la détromper! ( Haut.) Eh bien ! oui. Madame ; wii, j'en conviens... des pressaatiments dont je rougis moi-même...
MADAME DE SIMIANE
Et qui n'ont pas le sens commun. Mais quand vous auriez dit vrai , où donc deviez-vous chercher des soins et des consolations , si ce n'est auprès de moi ?... Veiller sur celui qu'on aime, éloigner de lui la douleur... mais nous sommes faites pour cela, c'est notre état, notre mérite... le seul que le temps ne puisse nous enlever ; et en se mariant, mon ami, l'on y compte un peu... Si vous ne nous aimiez que tant que nous sommes belles, et tant que vous êtes jeunes, notre empire serait de bien courte durée; mais malheureusement arrivent pour vous les années et les souffrances... vous nous aimez alors parce que nous sommes bonnes, vous nous aimez en proportion de vos peines , et cet amour-là n'est pas comme l'autre, il ne fait qu'augmenter...
THÉMINE.
Ah ! commeiu reconnaître tant d'amour et de générosité?.,.
LES MALHEURS DTJN AMANT HEUREUX
MADAME DE SIMIANE
Je n'en ai pas tant que vous croyez... car, cette fois , Je n'ai point pardonné, et Je me sois vengée à mon tour de votre ipanque de conGance... J'ai tout disposé sans vous en prévenir.,, je vous ai écrit hier que Je vous priais de vous rendre ici , dans mon cliâteau , pour une affaire importante... qui ne soullralt pas de retard.
THéllINE.
Et laquelle? ,
MADAME DE SIMIANE
Vous ne devinez pas?., votre mariage, Mon« sieur...
THÉMINE , avec joie.
n se pourrait !... un pareil bonheur t
MADAME DE SIMIANE
On ne vous demande pas votre avis ni votre consentement
Air : Le Pamaste det dama.
Au complot, à la perfidie.
En vain tous aor«x beaa crier !
Bon gré, mal gré, l'on tous marie.
Tons êtes notre prisonnier !
Oui , dans ce château Je commande!
Et d'en sortir perdes Pespoir!
CeU voire peine...
TBÉMINE.
Ab ! je demande Qu'elle commence dès ce soir !
MADAME DE SIMIANE
Quoi ! vraiment, cela ne vous effraye pasl
THÉMINE.
Ah I J'oublie tout !... plus de remords!... plus de regrets ! Mais comment , sans que J'aie pu m'en douter, une pareille conspiratioB..... a-t-elle réussi?...
MADAME DE SIMIANE
En ne disant rien à personne... vous comprenez... pas même à nos témoins, dont l'un est id depuis hier soir, et les autres vont arriver ce matin p sans savoir même de quoi il s'agit.
THÉMINE.
Et ces témoins sont ?...
MADAME DE SIMIANE
Des amis , dont la présence , Je crois , vous sera agréable... et il faut que vous les trouviez bien; car, en l'absence de votre frère, qoi vient de quitter Paris , je \^8 ai lait venir exprès.
THÉMINE.
Et qui donc?
MADAME DE SIMIANE
D'abord, de votre côté, votre meilleur ami... un charmant Jeune homme, pour qui J'ai la plus grande estime, et que vous-même autrefois m'avez présenté... Edouard Bonneval.
TBÉMINB « vivemeat.
Edouard !••• Ab i ce nom*là ne rappelle».»
MADAME DE SIMIANE
Quoi donc?...
TBÉMINE.
Rien... excusez-moi.... Je voulais dire... que surpris ainsi à ilmproviste...