‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 661 sur 756 · SCÈNE IL LOUISE , BOURDILLAT · texte numérisé non relu

SCÈNE IL LOUISE , BOURDILLAT

LOtJISE.

Vous voilà , monsieur Bourdillat ?

BOURDILLAT.

Oui, Mamzelle, fidèle à mon devoir, tCNvks matins je viens an château de M. Salvoisy donner et lire les journaux , et voir notre j^me et intéressant malade. Gomment va-t41 ce matin?

LOUISE

Je ne trouve pas de changement

BOUBDILLAT.

C'est étonnant! ca n'est pas faute de visites! trois centsoiiante-cinq par an. Je reviendrai de* main , car c'est mon meilleur malade.

LOUISE

Je crois bien, toujours si bon » si aimable * ne se plaignant jamais!

BOURDILLAT.

Il n'en a pas Iq temps. Vous êtes toujours & , à veiller sur loi, à prévenir tous ses désirs, et cela depuis cinq ans, sans vous décourager m vous ralentir un moment : savez-vous que c'est très-beau ?

E( en quoi donc ? Est-ce qu'il me serait possible de le quitter, de l'abandonner : depuis que sa mère est morte« il n'a plus que moi pour Faimer ! nouaDiLf.AT«

Et vous l'aimez tant!

LOUISE

Dame I madame la marquise me ravait ordonné, et je ne lui ai jamais désobéL « Louise «qu'elle me dit, je lègue mon fils à tes soins, à ton sèie! tousses parents ont fw sur une terre étrangère, et moi auasi , je vais le quitter pour jamais. »

8ALV0ISY.

Ail ; BUê a |r«At »$t i$rwkên(t $t «a foi. D'une mourante entends le dernier v<bu : Sois de mon 111s la compagne assidue; Que Tamitié puisse lui tenir lien De la raison , qnliélas! il a perdue.

Veille ici-bas fur lui , ma flUe , et moi , Du haut des cieux je veillerai sur loi !

BOVBDILLAT.

Ahl die iroQSi dit cela?

Oui , Monsieur, et si elle me regarde quelquefois, comme elle me Pa promis, elle doit être conteste.

BOUBQILLAT.

Vous avez raison; eUedoit être contente dei nous. Vous, d'abord, vous fUtes tout ce qu'il vent , et moi , je ne le contrarie jamais , je ne lui ordonne jamais rien , je le laisse bien tranquille : c'est le moyen de le guérir tout à fait,

LOVISE.

Vous croyea?

BOURDILLAT.

Foi de docteur, je n'en connais pas d'autre, et je vous réponds qu'il y a du mieux. Le mois dernier , ce jour où il refusait de me recevoir, il avait toute sa raison.

LOUISE

Oh! oui, je sais bien ces jours-là.

BOURDILLAT.

Toute la semaine dernière, il a parlé presque aussi raisonnablement que moi , et hier et avant-* hier , en apercevant M. le duc , je ne sais lequel , qui se rendait à la frontière, 11 Ta très-bien reconnu, et en général, tout ce qu'il a vu à Versailles, tout ce qui vient de ce pays-là produit sur lui une émotion , une commotion qui pourrait amener sa guérison.

LOUISB.

Vous croyez? ça serait bien heureux. Au fait, 11 y a des moments où il raisonne ; il reconnaît ceux qui lui parlent , il leur répond avec justesse. Mais moi , je suis bien malheureuse , c'est comme un sort qu'on m'aurait jeté ; j'ai beau être toute la journée à côté de lui, il ne me reconnaît jamais, il me prend toujours pour la reine ; il me parle de son amour , et cela a l'air de le rendre si heureux que je le laisse dire • quoique ce soit là le plus pénible, voyez-vous.

BOURDILLAT.

Et en quoi?

LOUISE

Je ne sais, mais il me sembla que de recevoir des amitiés qui ne sont pas pour vous , il y a làdedans quelque chose de... enfin, ça n'est pas à moi , ça ne m'appartient pas , et quand on est honnête fille , on ne vent rien dérober à personne.

BOURDILLAT.

Vous êtes folle 1

LOUISE

C'est possible , l'habitude de vivre avec loi.

BOURDILLAT.

Si cela arrivait, nous vous soignerions aussi; car moi, j'ai une afiection pour tout ce qui tient à ce château... pour le château lui-même. Tout à rheure, le commandant militaire , M. Byron , qui vient inspecter en passant le département de la Marne, nous demandait un logement pour lui et son état-msyor. Eh bien! moi, je lui ai désigné ce château comme le lieu le plus digne de le recevoh*,

LOUISE

On les logera dans l'aile droite du château ; mais ce n'est pas trop amusant , parce que des militaires...

N'ayei pas peur : quoique fbrt jeune encore , le commandant Byron est un de ces anciens seigneurs si émhiemment aimables... Je vous présenterai à lui, et grâce à na protection... Tenea, tenez, le voici déjà qui vient s'établh* et prendre possession de son quartier-général.

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