SCÈNE X
RAYMOND ; SOLIGNI , k la table.
RATMOND, f^a? ançant timidement.
Monsieur...
SOLIGNI , brusquement.
Qa*est-ce? qa'y a-t-il ? que voulez-vous?
RAYMOND
G*est moi , dont M. FamichoD a daigné vous parier, et les espérances qu'il m*a fait concevoir ont seules encouragé des prétentions que vous trouverez peut-être bien téméraires; J'aime mademoiselle votre fille.
SOLIGNI , M contenant.
Estelle!
BATMOND.
Oui , Monsieur, Je faime.
SOLIGNI, froidement.
C'est bien.
RAYMOND
Et Je viens en tremblant vous demander sa main.
SOLIGNI , froidement.
Jevousl^iccordel
BATMOND, avec joie.
Est-il possible I vous me Jugez digne d^une pareille faveur?
SOLIGNI.
Mon notaire , qui est mon ami« me répond de vous.
RAYMOND
Mais il me connaît à peine.
SOLIGNI , M levant.
C'est égal, ça me suffit.
RAYMOND
Mais pour moi , cela ne suffit pas. Je veux que VOUS sachiez qui Je suis , que vous connaissiez ma position, mon avenir, quelle est pour moi Testime de mes chefs.
SOLIGNI f avec un peu d*impatienee.
C*est inutile , vous dis-Je; Je m'en rapporte à vous, et quelle que soit votre fortune...
Je n'en ai pas.
SOLIGNI , panant I droite du th^ltre.
Nlmporte ! Je donne deux cent mille francs de dot, à la condition que le manage se fera le plus promptement possible , et que Fumichon se char^ géra de régler, d'arranger tout cela , ainsi que de tous les soms de la noce , car moi Je ne pourrai y assister.
RAYMOND
Et pourquoi cela , Monsieur ?
SOLIGNI.
Un voyage essentiel , indispensable , me force à partir dès demain.
RAYMOND
Alors, Monsieur, nous retarderons ce mariage, et quelque longue que puisse être votre absence , nous attendrons votre retour.
SOLIGNI, avec. impatience.
Et à quoi bon ? morbleu !
(Il t^aaûed sur le canapé.) RAYMOND, étonné.
Il me semble, Monsieur, que le respect et la reconnaissance m'en feraient seuls une loi ; mais il est encore d'autres raisons; et la longue intimité , l'amitié qui autrefois unissait nos familles. ..
SOLIGNI.
Que voulez-vous dire?
Amitié que Jusqu'ici il ne m'a guère été permis de cultiver; car, entré bien Jeune à l'école de marine , J'étais à Angouléme quand vous habitiez Paris, et lorsque j'y arrivai , vous veniez de partir pour un long et pénible voyage; mais en votre absence. Je fus présenté par mes parents chez madame de Soligni, votre femme, qui daigna toujours , moi et mon père , nous accueillir avec tant de bonté!
SOLIGNI.
Qui étes-vous donc ? et quel est votre nom?
RAYMOND
0 ciel! vous l'ignorez?
SOLIGNI.
Eh ! oui, sans doute ! qui me l'aurait dit?
RAYMOND
Quoi ! vous ne le connaissiez pas? vous ne l'avez pas même demandé ? et vous m'acceptez pour gendre , et vous m'accordez votre fille?
SOLIGNI , avec colère.
Ma fille , toujours ma fille ! il ne s'agit pas d'elle , mais de vous! Votre nom ?
OEUVRES GOWFUÈTIia DE SCRIBE.
EÂTMOIIB.
Raymond , Raymond de Biusière»» lieutenant de marine I
SOLIGNI , «e levant , «t alltnt à lai.
Bossières ! Est-ce que vous seriez le fite du colonel Bussières?
BAYVOND.
Votre ancien ami!
SOLIGNI 9 tVloifUtnt.
Bossières !,.,
RATMOND*
A qui vous avez rendu de si grands services , et qni , pendant quinze ans , n*eut presque pas d'autre maison, d'autre (amiile que la vOtre.
SOLIGNI » arec fureur.
Quinze ans I
BAYHOND, avec Joie.
Oui , Monsieur !
SOLIGNI 9 vr^ tireur.
Et c'était votre père?
nâYMONPf
Oui, vraiment!
SOLIQNI, avec Joie.
Il a un fils ! un fils qui porte l'épée! Ah ! que je
suis heureux ! ( Allant k Raymond et lui prenant les deux
mains.) Mousieur, votre père était un traître et un lâche.
RAYMOND , atupéfait.
Monsieur...
SOLIGNI.
Je vous le dis à vous.
RAYMOND
Paiiez-vous sérieusement?
SOLIGNI.
Oui! un infâme!
RAYMOND
Monsieur ! mon père était un honnête homme! un homme d'honneur.
Aiit : Corneille noui fait $ei adieuœ.
Et vous oubliei , je le voi ,
Que aon sang eoule dans mes veines ;
Son nom, son honneur sont à mol.
Et ses injures sont les miennes !
En vain vous avez espéré
Qu'il ne pourrait plus vous entendre !
(Allant à Soligni , et lui serrant fortement la main.)
Mon père , tant que je vivrai ,
Existe encor pour se défendre.
SOLIGNI , traversant le théâtre.
C'est tout ce que Je demande; Je pourrai donc me venger sur quelqu'un I
RAYMOND
Et vous rétracterez à l'instant les paroles injurieuse que vous venez de proférer contre lui , Usinon...
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£hbien?
RATlioro« Eh bien ! quand Je devrais perdre ttitt te que J'aime, Je ne laisserai pas outrager sa méiDoire.
SOLIGNI, lmfrappaatMirl^a«le.
Bien ! Jeune homme, vous n*4tes pas comme lui ; car pendant quinze ans votre père fat un...
RAYMOND , lui prenant la main avec forée.
N*achevez pas! (Froidement.) Vos arpei?
SOLIGNI.
L'épée.
HAYMOND,
Le lieu?
SOLIGNI.
Sous les murs du parc
RAYMOND
Etllnstant?
SOLIGNI, allant à la table.
Dans une heurç; le temps d'achever cet
AuizÂla mort qui e'approehe (de Gcstate ).
RAYMOND
Pour moi plus d'espérance ; Mais puis-je au fond du cœor Supporter qu'il offense Mon père oi son honneur?
SOLIGNI.
EnOp une vengeance Est offerte à mon coeur ; C'est ma seole espérance.
C'est là mon seul lionheur !