SCÈNE yi
ABIGAIL , I droite du spectateur. PLUSIEURS SEI- GNEUBS ET DaMES DE LA COUR viennent se placer près d'eUe. SiR HARLET ET LES MEMBRES DE L*OPPOSITION , à gauche , se groupent autour de
BOUNGBROKE. LA REINE , la duchesse de MARLBOROUGH et plusieubsD âmes d'honneur sortent des appartements à droite et se placent au milieu du théâtre.
BOLINGBROK.E , cherchant ses expressions , et s^efforçant de s'échauffer.
Madame, c'est un sincère ami de son pays, et de plus un parent désolé , qui accourt , an nom de la patrie en pleurs, demander justice et vengeance. Le défenseur de nos libertés, lord Richard , vicomte de Boiingbroke , mon noble cousin... hier, dans votre palais...et dans les jardins de Saint-James...
ABIGAIl , I part.
0 ciel I...
BOLINGBROKE
A été frappé en duel... si Ton peut appeler duel... un combat sans témoins, où son adversaire , protégé dans sa fuite , a été soustrait à l'action des lois...
LA DUCHESSE
Permettez...
BOLINGBROKE
Et comment ne pas croire alors que ceux qui Tout fait évader sbnt ceux qui avaient armé son bras... comment ne pas croire que le ministère...
(a la duchesse et aux seigneurs qui témoignent leur impatience et hauvent les épaules.) Oui, Madame, je
Taccuse , et les cris du peuple irrité parlent encore plus haut que moi... j^accuse les ministres... j'accuse leurs partisans... leurs amis... je ne nomme personne , mais j'accuse tout le monde... d'avoir voulu se défaire, par trahison, d'un adversaire aussi redoutable que lord Richard Boiingbroke , et je viens déclarer à to majesté , que si des troubles sérieux éclatent aujourd'hui dans sa capitale, ce n'est pas à nous, ses fidèles sujets, qu'elle doit s'en prendre... mais à ceux qui l'entourent, et dontl'opinion publique réclame depuis longtemps le renvoi!...
LA DUCHESSE, froidement.
Avez-vous terminé?
BOLINGBROKE
Oui, Madame.
LA DUCHESSE
Maintenant voici la vérité... prouvée par les rapports authentiques que j'ai reçus ce matin.
ABIGAIL , à part.
Je meurs d*eflroi.
LA DUCHESSE
est malheureusement trop vrai... qu'hier, T.
dans une allée du parc de Saint-James... lord Richard s'est battu en duel...
BOLINGBROKE
Avec qui?
Avec un cavalier dont il forait lui-même la nom... et la demeure...
BOLINGBROKE
Je demande à votre majesté si cela est vraisemblable...
LA DUCHESSE
Gela est cependant., ce sont les dernières paroles de lord Richard entendues par le peu de personnes qui étaient là... des employés du palais... que vous pouvez voir et interroger.
BOLINGBROKE
Je ne doute point de leur réponse!... les places honorables qu'ils occupent en sont un sûr garant. Mais enfin... si, comme madame la duchesse le prétend, le véritable coupable est échappé, sans qu'on l'aperçût, ce qui supposerait une grande connaissance des appartements et détours du palais , comment se fait-il qu'on n'ait pris aucune mesure pour le découvrir?
ABIGaIL, a part.
C'est fait de nous !
BOLINGBROKE
Comment se fait-il que nous soyons obligés de stimuler le zèle, d'ordinaire si actif, de madame la surintendante, qui, par sa charge, a l'entière surveillance et la haute main dans la maison delà reine... comment les ordres les plus sévères ne sont-ils pas déjà donnés?.,.
LA DUCHESSE
Ils le sont!
ABIGAIL, I part.
Ociel!
LA DUCHESSE
Sa majesté vient de prescrire les mesures les plus rigoiu*euses dans cette ordonnance...
LA REINE
Dont nous confions l'exécution à madame la
duchesse (U remettant k Boiingbroke), et à VOUS,
monsieur de Saint-Jean... je veux dire mylord Boiingbroke, à qui ce titre, et les liens du sang qui vous unissaient au défunt, imposent plus qu'à tout autre le devoir de poursuivre et de punir le coupable.
LA DUCHESSE
On ne dira plus, je l'espère, que nous le protégeons et que nous voulons le soustraire à votre vengeance.
LA REINE
Mylord et Messieurs , étesvous satisfaits?
BOUKGBBOKE.
Toajonrs, quand on a vu votre majesté et qu^on a pu s'en faire entendre.
(La reii^ salue de U main BoUogbroke et leé eoUègues qui s'inclinent profondément, et fentre arec la duchesse et iw femmes dans ses appartements à droite. La reste de U foule s*écoule par les portes du fonda)