‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 99 sur 756 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DENNEYILLE, à la table, CAROLINE.

GABOLINB , en grande parure \ elle lèrt de son appartement ; et, en entrant , le regarde à la pajché.

Me voilà prête , et Je ne me suis pas pressée; car pour monsieur mon mari, sa louable habitude est de me faire attendre une heure*

DENNEYILLE, à part, écrivant à la table, et loi tour^ nant le dof.

Toujours pour tious des préventions favorables. Voilà comme on nous Juge , et cependant Je

suis prêt avant... (cherchant rexprestion) avattt

l'autre.

GABOLINE, qui, pendant ce temps, a*eft regardée à la psyché.

n me semble que ma robe «st Jolie. Tant mieux pour moi et puis pour monsieur Edmond, qui est un élégant ; car pour mon mari , cela lui

est bien égal. (DeoneviUe fait un gette d*impatience, Caroline le retourne.) Eh ! C'estlui, le VOtlà. (A hante

Toix.) Monsieur... (s^arrëtant.) Eh bien! fl ne m'entend pas ; comme il a l'air occupé ! (LeToyant déclamer.) Ah! mou Dieu! est-ce qu'il compose? est-ce qu'il fait des vers? lui! un banquier! Je voudrais bien les voir; et si Je pouvais sans bndt,

par-dessus son épaule... (EUe a'a?ance doucement, tandis que DeDDcrille la regarde du coin de rosil en contt> nuant à écHre. )

DENNEYILLE, à part.

Elle y vient

GABOLINE, près de loi, et regardant par-dettOi son épaole*

• Si Je pouvais seulement lire le titre« iUuht] « A ma femme» »

LA SECONDE ANNÉE

DBNNETILLB « te leyant et wrrtnt ion papier.

Quoi ! Madame , tous étiez là ?

CAROLINE

Ma vae Yons surprend ?

DENNBnLLB.

Non • Tralinent; car J*étais là avec tous.

CAROLINE

Gomment I Monsieur, il serait Tral^ c*étaient des vers ponr moi?

DENNEVILLE*.

Tons avez donc lu? quelle indiscrétion!

CAROLINE

Ancone , puisquMIs sont à mon adresse.

DENNEYILLE.

Sans doute; mais encore fant-fl qu*ils soient dignes de tous. Sans'celà ils auront le sort des autres, que je déchire à Tinstant

CAROLINE

Ck>mment ! ce ne sont pas les premiers? ^

DENNEVILLE.

Non vraiment. Presque tous les Jours, après la Bourse... Ten aurais des volumes. ^

CAROLINE

Et Je ne les connaissais pas?

DEN^iEVlLLE.

Tous ne les connaîtrez Jamais ;j*ai trop d'amourpropre pour cela. Vous comprenez : des épltres à sa femme , des poésies conjugales ; tant de gens trouveraient cela si romantique. Je veux dire si ridicule!

Pas moi, du moins ; et je réclame ceDe-cl.

DENNEVILLE.

A la bonne heure ; dès que j'aurai terminée , car, avec vous, il n'y a pas moyen de vous faire des surprises.

GAROUNE.

Si vraiment; c'en est une déjà de voir que vous pensez à moi.

DENNEVILLE, Mopiraot.

Eh! mon Dieu, oui ; c'est malheureusement un tort que J'aL

CAROLINE

Gomment! Monsieur, un tort?

DENNEVILLE.

Que je tâche de cacher à tous les yeux. Vous êtes pour moi si indifférente !

CAROLINE

J'allais vous faire le même reproche.

DENNEVILLE.

n eût été bien injuste; car si je suis ainsi, c'est pour vous plaire, pour être comme vous, pour ne point vous tourmenter de mes empressements; j'ai fait plus. Je vous l'avouerai, j'ai tâché de m'étourdir, de me distraire ; j'aurais voulu vous oublier, en aimer une autre.

CAROLINE

Gomment! Monsieur!

C'est au point, te le dirai-je? que ces Jours passés, je m'étais presque hiissé entraîner; une conquête assez flatteuse.

CAROLINE

n serait possible !

DENNEVILLE.

Ma franchise , du moins , te prouvera que j'ai résisté , que j'ai renoncé à toutes ces idées-là pour toi , pour toi avant tout , et puis pour ce pauvre Edmond, qui. Je aois, en est épris.

CAROLINE, émue.

Monsieur Edmond!

DENNEHLLB.

Moi , d'abord , j'ai toujours respecté les droits de Tamitié. Il serait si mal d'abuser de l'affection, de la confiance d'un ami I

CAROLINE

Et M. Edmond aimait cette dame?

DENNEVILLE , à part.

Je ne suis pas obligé de le servir, (naut.) Lui! il les aime toutes, pas longtemps, par exemple; mais jeune, aimable, répandu dans le monde, il a raison d'en agir ainsi ; il ne pourrait pas y snifire. J'en faisais autant quand j'étais garçon.

CAROLINE

Quoi! Monsieur!...

Nous étions camarades, partageant les mêmes folies , et je me rappelle , entre autres , que , pour aller plus vite , nous avions composé des déclarations modèles, des circulaires qid servaient dans toutes les occasions, et qu'au besoin on aurait pu lithographier.

CAROLINE

C'était indigne.

DENNEVILLE.

Abominable, et J'en rougis encore quand j'y pense ! mais c'était une grande économie de temps ; on n'avait pas besoin de chercher ses phrases ; et je me les rappelle encore , tant nous les avons employées de fois : « Grâce, grâce. Madame! » ou Mademoiselle, selon la circonstance. « Grâce » pour un malheureux qui se meurt d'amour et de n désespoir ! »

GAROUNE, à part.

0 ciel!

DENNEVILLE.

« N'aurez- VOUS pas pitié de mes tourments, » Hortense? > ou Gabrielle, ou Agathe, ou Athénaîs, selon la dénomination. « Ame de ma vie... »

CAROLINE

Assez, Monsieur, anei; ifett une horreur, et

Je ne conçois pas qa'une femme paisse s'y laisser prendre.

DENNEYILLE.

n y en a cependant (voyant Edmond qui entre. )

C'est Edmond ! à merveiUe, les voilà brooillés; et je lui permets maintenant de foire Faimable 1

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