‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 2)Chapitre 10 sur 175 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

MOSÈS

Fi donc! monsieur serait reconnu dans l'instant.

ROULEY.

Vous ne voudriez pas passer pour honnête homme?

MOSÈS

Il faudra demander une très-forte somme. Songez que le métier déjà ne vaut plus rien; A^ous en dégoûteriez bientôt les gens de bien.

SIR OLIVER

Quoi donc? trente pour cent?

MOSÈS

Beaucoup plus.

Comment diable !

Cinquante pour cent?

MOSÈS

Soit. C'est assez raisonnable.

Pourtant, si l'emprunteur a grand besoin d'argent. Comme les tems sont durs, demandez cent pour cent.

SIR ARNOLD

C'est un fort bon métier.

MOSÈS

Pas trop, je vous l'atteste.

SIR OLIVER

Allons; chemin faisant, j'apprendrai tout le reste.

SIR ARNOLD

Vous n'auriez pas le tems : c'est à deux pas d'ici.

Œuvres posthumes. II. 2

t8 les portraits DE FAMILLE.

SIR OLIVER

Bon. Mosès peut me rendre un fripon accompli , Avant que nous soyons au détour de la rue.

MOSÈS

Un moment. C'est ici que se fait l'entrevue.

SIR ARNOLD

Chez moi?

MOSÈS

Chez vous, monsieur: c'est ma condition. Il faut soigner un peu sa réputation.

Je puis entrer chez vous : on connaît vos affaires. Je ne veux pas prêter le flanc à mes confrères. Sir Charle est prévenu. Vous savez qu'aujourd'hui Un honnête usurier ne peut entrer chez lui; Il est depuis long-tems sans aucune ressource; jÊt je compromettrais mon crédit à la Bourse : Mes envieux partout iraient me décrier.

SIR ARNOLD

Personne ne le voit, pas même un usurier! N'importe: à cet essai bien loin que je m'oppose, J'en veux savoir l'issue. Allons, Rouley, pour cause, Suis mes pas. Sans adieu, mon ami; je veux bien Vous prêter ma maison pour ce grave entretien : Garantissons Mosès des fureurs de l'cnviç. Charles vient; je vous laisse en bonne compagnie.

(11 sort.)

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