DE CONSTANCE
-Tiers ennemis du siècle dix-huitième.
Réformateurs , dont le docte système
Fait du délire un point religieux,
D'un saint concile écoutez les merveilles;
Ecoutez bien; car la bonté des cieux
Abondamment vous a pourvus d'oreilles:
Dans les remparts bâtis par Constantin ,
Non sur les bords où le noir Pont-Euxin
Baigne à-la-fois et l'Europe et l'Asie ;
Mais près d'un lac dont les flots argentés
De Germanie arrosent les cités
Et les vallons de l'heureuse Helvétie,
Pour dissiper ce qu'on nommait erreur.
Un Sigismond, très-dévot empereur,
De prêtres saints invoqua l'assistance :
On tint concile. Or, c'était, mes amis.
Sous les beaux tems du feu roi Charles- Six.
L'Eglise entière accourait à Constance :
Les moines bruns, les gris, les noirs, les blancs,
Sombres hibous, aigles dans leurs couvens; Les gros bonnets payés pour ne rien dire, Prêtres mitres , les bleus du saint empire , Les violets, de rouges cardinaux:
Amas confus de célestes oiseaux , D'oiseaux de proie, au différent plumage, Au bec retors, à l'ennuyeux ramage, Tous implorant par des chants aigres-doux Le saint pigeon , qui les inspirait tous. Là, vingt partis, vingt pieuses cabales; Fort longuement on parla des scandales Qui désolaient l'empire de Jésus.
Hiéronime * et son maître Jean Hus , Quoique très-forts sur la théologie, Voulaient un peu tater de la raison; Dans la Bohême ils semaient leur poison : Tout se perdait par l'idéologie.
Un autre Jean ^, plein de religion , (Pape il était de sa profession,) Exempt d'erreurs , s'était permis des crimes , Au nom du ciel, qui les rend légitimes; Mais le Concile en fut scandalisé,
1. Jérôme de Prague, le plus ce'lèbre et le plus de'terminë disciple de Jean Hus, auquel même il fut supérieur en esprit et en éloquence. Brûlé comme hérétique le i^'^ mai 14 iH.
2. Le pape Jean XXIII fut déposé par le Concile de Constance, le 19 mai 1/415. [Notes de l'éditeur.^
Et le prouva par un acte authentique : Comme assassin ce Jean fut déposé; Fut l'autre Jean brûlé comme hérétique; D*un sauf-conduit le gage impérial L'avait traîné dans le piège fatal.
Au vœu des saints l'Empereur fut docile; Et, de l'Eglise intrépide soutien, Il fît pour elle un parjure chrétien : Ce fut d'abord l'ouvrage du Concile.
De Sigismond la superbe moitié, Qui bien valait celle du roi de Garbe, Pour les béats, l'impératrice Barbe, Sentit les feux d'une ardente amitié.
Ce n'était pas une épouse impollue; Mais , déplorant l'abus de ses attraits , Que maint profane avait lorgnés de près , Elle afficha la réforme absolue, Et, voulant faire un honnête métier, Pour amoureux prit le Concile entier.
Avant ce tems, six écuyers, huit pages. Dix grenadiers, très-vaillans personnages, L'ambassadeur du roi de Portugal, Trois chambellans, le fou, le sénéchal.
D'amans chéris composant la trentaine, Divertissaient sa majesté hautaine.
Dans les élans de sa dévote ardeur, Elle cassa le fou, l'ambassadeur.
Et leurs rivaux, gens de cour et gens d'armes.
Trop bien comprit que c'était vanité :
Plus ne prisait la faible humanité;
A ses regards Dieu seul avait des charmes.
Soir et matin le zèle ardent des Carmes
La rapprochait de la Divinité;
Aux Cordeliers confiant sa grande âme,
Elle exhalait, par des soupirs de flamme,