‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 2)Chapitre 153 sur 175 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Quelle doit être la constitution de l'action.

D'après ce qu'on vient d'exposer , disons comment doit être constituée Faction, puisque telle

5o2 LA POpyriQUE

est la première et la plus importante partie de la tragédie. On a dit que ce poëme imitait une action complète, et, de plus, étendue; car un tout peut avoir fort peu d'étendue : un tout est ce qui a commencement , milieu et fin. Le commencement est ce qui, ne supposant rien d'antérieur, exige quelque chose après soi ; la fin , au contraire^ ce qui ne comportant rien après soi, suppose quelque chose d'antérieur; le milieu, ce qui suppose quelque chose avant et après. 11 faut donc que les fables bien composées ne soient point commencées ou terminées au hasard , mais qu'elles soient conformes aux règles que nous avons indiquées. Ajoutez que rien n'est beau, soit parmi les animaux, soit parmi les autres objets composés de diverses parties , si ces parties ne sont point proportionnées entre elles , et si le tout n'a pas une grandeur convenable; car le beau consiste dans la grandeur et dans la proportion. L'objet trop petit n'est point beau; car la vue confond ses diverses parties dans un tems presque insensible. L'objet trop grand n'est point beau; car il ne peut être mesuré d'un seul regard ; et l'ensemble de ses parties échappe à la vue : tel serait un animal de mille stades. De même que les animaux et tous les objets doivent avoir une grandeur qui puisse être saisie d'un coup d'oeil , de même les fables doivent avoir une étendue qui puisse être facile-

D'ARISTOTE. 5o3

ment embrassée par la mémoire. Déterminer rigoureusement quelle doit être cette étendue , soit pour les acteurs , soit pour les spectateurs : cette question ne tient pas à la poétique. En effet , si l'on voulait représenter cent tragédies , certes , il faudrait bien mesurer le tems avec la clepsydre, comme c'était, dit -on, l'ancien usage. La nature même de Faction détermine ses bornes. Si la fable est toujours claire, plus elle a d'étendue, plus elle est belle ; en un mot , ce qu'il lui faut de tems selon la vraisemblance ou la nécessité pour amener, par une marche naturelle, la transition des personnages au bonheur ou au malheur : telle est la véritable mesure de son étendue.

Page 1