CHANT III
Et là quelques auteurs, avoués d'Apollon,
Mainte fois s'égaraient loin du sacré vallon.
Peut-être des badauds l'indulgente affluence
Dès ce tems aurait dû passer son espérance;
Mais des vaines grandeurs étrange avidité!
Vous connaissez un lieu maintenant fréquenté.
Où, souvent en sabots, une jeune Thalie
Enchante nos regards chaque jour plus jolie;
Oii d'Hèle^ est un grand homme; et d'où, la lyre en main,
Philidor et Grétry chassèrent Arlequin :
Bientôt sur cette scène inconstante et légère
Le couplet fit régner l'équivoque grossière.
Et le plat calembour, qui, se jouant des mots.
Est long-tems une énigme, excepté pour les sots.
Désormais sur ce ton, bien digne de Cassandre,
Chantèrent sans pudeur Aristote, Alexandre;
Et, lorsqu'à chaque instant ces modestes refrains
Au public enchanté faisaient battre des mains,
Victime de Vénus et de ^a destinée ,
La fîUe de Minos, à la tombe entraînée,
Seule, à des murs déserts confiait ses langueurs;
Et Tartufe implorait en vain des spectateurs.
D'un ingrat cependant la foire délaissée
Pleura de ses tréteaux la splendeur éclipsée.
Le tems, ce médecin des plus vives douleurs,
■ I. Thomas d'Hèle, genlilhomme anglais, auteur du Jugenic/it
K de MuUis, (le V Amant jaloux y et des Evénemens imprévus.
Par de nouveaux succès vint essuyer ses pleurs; Et, tout à coup prenant un air, un ton plus sage, Elle osa de Thalie usurper le langage; Et, même jusqu'au bout affectant son dessein, Un beau jour on la vit, le mouchoir à la main. Dans les tristes accès d'une burlesque audace. Du ton de Saint-Albin prêcher la populace.