‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 2)Chapitre 98 sur 175 · CHANT III · texte numérisé non relu

CHANT III

Et là quelques auteurs, avoués d'Apollon,

Mainte fois s'égaraient loin du sacré vallon.

Peut-être des badauds l'indulgente affluence

Dès ce tems aurait dû passer son espérance;

Mais des vaines grandeurs étrange avidité!

Vous connaissez un lieu maintenant fréquenté.

Où, souvent en sabots, une jeune Thalie

Enchante nos regards chaque jour plus jolie;

Oii d'Hèle^ est un grand homme; et d'où, la lyre en main,

Philidor et Grétry chassèrent Arlequin :

Bientôt sur cette scène inconstante et légère

Le couplet fit régner l'équivoque grossière.

Et le plat calembour, qui, se jouant des mots.

Est long-tems une énigme, excepté pour les sots.

Désormais sur ce ton, bien digne de Cassandre,

Chantèrent sans pudeur Aristote, Alexandre;

Et, lorsqu'à chaque instant ces modestes refrains

Au public enchanté faisaient battre des mains,

Victime de Vénus et de ^a destinée ,

La fîUe de Minos, à la tombe entraînée,

Seule, à des murs déserts confiait ses langueurs;

Et Tartufe implorait en vain des spectateurs.

D'un ingrat cependant la foire délaissée

Pleura de ses tréteaux la splendeur éclipsée.

Le tems, ce médecin des plus vives douleurs,

■ I. Thomas d'Hèle, genlilhomme anglais, auteur du Jugenic/it

K de MuUis, (le V Amant jaloux y et des Evénemens imprévus.

Par de nouveaux succès vint essuyer ses pleurs; Et, tout à coup prenant un air, un ton plus sage, Elle osa de Thalie usurper le langage; Et, même jusqu'au bout affectant son dessein, Un beau jour on la vit, le mouchoir à la main. Dans les tristes accès d'une burlesque audace. Du ton de Saint-Albin prêcher la populace.

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