ACTE IV, SCÈNE VI. r
Plus fort, plus redouté, j'y veux rentrer un jour; Vos yeux m'y reverront. Malheur a qui m'opprime! Tous les nœuds sont rompus, puisqu'on me force au crime.
ELISABETH
Au crime! Ah! que je puisse encor vous estimer! Vous concevez le crime, et vous osezm'aimer!
CARLOS
Vous connaissez Philippe, et vous blâmez ma fuite!
ELISABETH
Peut-être à l'excuser vos malheurs m'ont réduite ; Mais éclairez du moins, et sauvez vos amis. Où sont-ils ces hauts faits que vous m'aviez promis? Ne les rendrez-vous plus, ces éclatans services Que de votre valeur annonçaient les prémices? Pour vous, si jeune encor, l'avenir est perdu! Déshérité par vous d'un rang qui vous est dû, Au rang d'usurpateur vous daigneriez descendre! D'un projet criminel que pouvez-vous attendre? L'opprobre qui s'attache aux malheurs mérités. Auriez-vous prétendu , dans vos témérités , Que de vous applaudir je deviendrais capable? Que je consentirais à vous revoir coupable? Qu'abandonnant mon roi, trahissant mon époux, Contre Philippe un jour je m'armerais pour vous? Que vous disposeriez de mon cœur adultère. Après avoir du trône exilé votre père?... Vous frémissez, Carlos! et vous devez frémir. Mais seul en cette cour avez-vous à gémir?
i64 PHILIPPE IL
Ce n'est pas pour vous seul que Philippe est injuste: N'importe; sans appui, la vertu, plus auguste, Rentre en sa conscience avec tranquillité, Et sait jouir encor de son adversité. Je ne dis plus qu'un mot: le Roi vous craint; il m'aime; Vous courez des périls; j'en peux courir moi-même; Mais, quels que soient les coups qui vous sont préparés, J'adopte vos malheurs si vous les honorez.