ACTE V, SCÈNE ÎV
CARLOS, ELISABETH, PHILIPPE, SPINOLA, LE DUC D'ALBE, courtisans, gardes, pages
avec des flambeaux.
La Reine, dites-vous?
SPINOLA
La Reine.
Je la voi.
ELISABETH
On ne vous trompe point : oui , Philippe , c'est moi.
Vous, madame!
ELISABETH
C'est moi , près de votre victime :
J'ai voulu, mais en vain, vous épargner un crime.
PHILIPPE, reculant à l'aspect de Carlos.
Mon fils!
CARLOS
De votre cœur ce nom s'est élancé :
C'est bien tard; mais enfin vous l'avez prononcé. Ce fils... qui fi.it le votre... et qui veut l'être encore... Pour d'Egmont, pour leBelge, en mourant vous implore. Pardonnons... O mon père... au nom de mes malheurs , Rendez la Reine... heureuse... et vos sujets... Je meurs.
8o PHILIPPE IL
ELISABETH, égarée,
Carlos! mon cher Carlos!
PHILIPPE, à part.
O remords!
ELISABETH
Il expire.
Arrête: ah! que la mort suspende son empire.
Quoi! si près! et si loin!.... si loin dans le trépas!
Approchez; point de bruit; marchons, parlons tout bas.
Philippe est retiré; la nuit est favorable.
Sur le trône d'Espagne il siège un grand coupable :
Castillans, vous avez un assassin pour roi.
Mais vous baissez les yeux; d'où vient ce morne effroi?
Reine, épouse...
ELISABETH
Moi reine! O rang, titre funeste!
Ne prononcez jamais ce nom que je déteste. Epouse! il m'en souvient.... ce souvenir m'est doux: Jeune, je vins m'unir au sort d'un jeune époux. Oh ! combien ses vertus méritaient ma tendresse ! Comme son cœur brûlant m'aimait avec ivresse! Eh bien ! dans le cercueil je veux l'accompagner.
Vous, 6 ciel!
ELISABETH
De quel droit prétends- tu m'épargner?
Si je vivais encor, je serais ta complice. Tu m'aimes: que l'aumur soit tor) premier supplice.