ACTE III, SCÈNE V
J'ai vu se consommer l'œuvre de tyrannie;
J'ai vu le crime heureux et la vertu punie;
L'honneur, la liberté, la patrie aux abois.
Dans ses plus chers enfans expirant mille fois;
La cause des médians par les Dieux protégée;
Dans la nuit du tombeau Rome entière plongée.
Enfin , de bouche en bouche , un bruit s'est répandu
Qu'au milieu du combat quelques soldats ont vu
De notre dictateur errer l'ombre sanglante;
11 agitait sa main d'un glaive étincelante,
Excitait, disent-ils, les siens à le venger,
Et lui-même au carnage aimait à se plonger :
Soit pour nous opposer un éternel obstacle
Que le ciel ait permis cet effrayant spectacle,
Soit qu'ils aient cru le voir, ou qu'ils aient prétendu
Justifier ainsi leur courage perdu ,
Tout meurt, fuit ou se rend; et cette plaine esclave
Voit nos débris courir sous les drapeaux d'Octave.
Hélas! d'un faible reste à peine environné,
Brutus lève son front pensif et consterné ;
Il regarde le ciel, et de ses yeux stoïques
Coulent sur notre sort des larmes héroïques.
« Je me suis abusé, la vertu n'est qu'un nom,
« Nous dit-il, et bientôt, prends ce glaive, Straton.... ;
« Tu me connais, tu vois qu'il n'est plus de patrie;
u Prends, si je te suis cher, sauve-moi de la vie.
a Romains , ô mes amis, ne pleurez pas. Grands Dieux î
« Que les auteurs du mal n'évitent point vos yeux. »
OEuvres posthumes. I. I O
24^ BRUTUS ET GASSIUS.
Il se penche à ces mots : Straton frappe, il expire; La république tombe et fait place à l'empire.