‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 3)Chapitre 192 sur 342 · CNÉIUS, PISON · texte numérisé non relu

CNÉIUS, PISON

PISON

Mon fils, qu'ai-je entendu? puis-je croire un tel bruit? On dit que, par Séjan dans ces lieux introduit, Tu dois entretenir son redoutable maître.

CNÉIUS

J'ai vu Séjan; Tibère a voulu me connaître; J'ai déjà, sans témoins, paru devant ses yeux: Il m'a long-temps parlé du rang de mes aïeux; Il m'offre des honneurs peu faits pour ma jeunesse.

PISON

Je tremble, 6 mon cher fils! le tyran te caresse.

CNÉIUS

Des bontés du tyran vainement menacé.

Du nom de citoyen je ne suis point lassé :

Mais , lorsqu'en vous donnant des louanges contraintes,

Tibère, un peu confus, répondait à mes plaintes,

Quand sa bouche avec art consolait ma douleur,

Son cœur était muet.

PISON

Tibère a-t-il un cœur?

3o8 TIBERE.

Agrippine a bientôt dissipé mes alarmes: D'un Romain suppliant elle exauce les larmes.

PI s ON.

Agrippine, dis-tu, m'oserait pardonner!

CNÉIUS

De ce trait généreux pourquoi vous étonner?

PI SON

Agrippine 1

CNÉIUS

A son nom quel trouble inconcevable...

PISON

Ne vois-tu pas, mon fils, que ton père est coupable?

CNÉIUS

Contre Germanicus vous formiez un parti; Je le sais: votre cœur au moins s'est repenti. N'est-il pas vrai, mon père?

PISON

Il est trop vrai. N'importe :

Contre un vain repentir Germanicus l'emporte.

Sa veuve a pardonné.

PISON

Non , jamais , non : dis-lui Que je n'accepte point son imprudent appui ; Non : dis-lui qu'au pardon le coupable s'oppose;

Page 1