ACTE III, SCENE IL
Est-ce mon trône, enfin, que tu veux usurper? Par un stérile espoir tu t'es laissé tromper; Tu brigues, mais en vain, la faveur populaire; Sur tes projets, Créon, ma fortune m'éclaire: J'ai su les découvrir; je saurai me venger.
CRÉON
Daignez m'entendre, Œdipe, avant de me juger.
Va, renonce aux détours de ta vaine éloquence.
CRÉON
Si je suis criminel, quelle est donc mon offense?
ŒDIPE
Eh bien , Tirésias ici même a parlé :
C'est d'après vos conseils qu'il était appelé.
CRÉON
Et d'après le désir de cette ville entière.
Répondez ; quand Laïus termina sa carrière , Le devin par les Dieux était-il inspiré?
CRÉON
Oui : tout rendait hommage à son nom révéré.
ŒDIPE
Avait-il, sur OEdipe, observé le silence?
CRÉON
Jamais il n'en parla, du moins en ma présence.
ŒDIPE
Et pourquoi taire alors ce qu'il dit aujourd'hui?
35o OEDIPE-ROL
CRÉON
Je ne sais. Son motif n'est connu que de lui.
Mais vous n'ignorez pas du moins ce qui vous touche?
CRÉON
Parlez. La vérité sortira de ma bouche.
Du meurtre de Laïus je me vois accusé.
CRÉON
Vous?
Par Tirésias. Sans vous l'eût-il osé?
CRÉON
Je vous ai répondu. Voulez-vous me répondre?
Oui , Créon , je le veux , mais pour mieux vous confondre.
CRÉON
De Jocaste, ma sœur, n'êtes-vous point l'époux?
Cet hymen fait ma gloire.
CRÉON
Elle règne avec vous.
OE D I p E.
Ses désirs sont mes lois, pour elle je respire.
CRÉON
Je suis, après vous deux, le premier de l'empire.
OE D [ p E.
Et d'un indigne ami telle est la trahison !