ACTE I, SCÈNE IL
La veuve de Laïus me choisit pour époux.
Savions-nous tous les deux ma naissance funeste?
Non : les autels d'hymen sanctifiaient l'inceste :
De la fatalité subissant les arrêts ,
Au sein de la vertu j'ai commis des forfaits.
De Delphes , maintenant , aux rives de l'Attique
Je me rends, sur la foi du trépied prophétique;
Apollon m'a guidé vers ces bois protecteurs ;
J'y laisserai ma cendre ; et de mes bienfaiteurs
Ce trésor, à son tour, protégeant les murailles
Doit leur assujettir le destin des batailles.
Ne prétendez donc plus, vieillards, qui m'écoutez,
M'effrayer par le nom des pâles déités :
De leurs flambeaux vengeurs je ne sen s point la flamme ;
Le remords déchirant ne flétrit point mon âme :
Criminel devant vous , je suis pur à leurs yeux ;
Et leur auguste appui m'attendait dans ces lieux,
LE CHOEUR
A décider sur vous le Roi seul peut prétendre, OEdipe: en attendant qu'il vienne vous entendre, Goûtez quelque repos dans ce lieu solennel. Cueillez , fille si douce à son cœur paternel , De l'arbre de Pallas les branches révérées; Plongez-les dans les eaux des fontaines sacrées; D'un aveugle chéri guidez les pas tremblans; L'olive dans les mains, et tous deux supplians , Tous deux prosternez -vous sur les degrés du temple: Puisse OEdipe y fléchir le ciel qui le contemple!
OEuvres Posthumes, t. 2D
4o2 OEDIPE A GOLONE.
ANTIGONE
Vos désirs sont remplis; vous, mon père, venez.
ŒDIPE
O filles de la nuit, devant vous prosternés, Nous élevons vers vous notre voix gémissante ; Accueillez les soupirs de ma fîUe innocente; Terminez mon exil: je vous offre des pleurs. Une âme résignée, et trente ans de malheurs.
Recevez, chastes Euménides, Les vœux qui vous sont présentés; Redoutables divinités, De larmes et de sang avides, Calmez vos serpens irrités; Eteignez vos flambeaux livides.
Que les Dieux à leurs ennemis Gardent vos tourmens légitimes; Mais ne prenez pas pour victimes Des cœurs à la vertu soumis; Et ne punissez pas des crimes Que le destin seul a commis.