ACTE I, SCENE HT
CRYSOSTn^MIS.
Je vais remplir son ordre.
ELECTRE
Ah! si je vous suis chère, Au nom des dieux d'Argos , au nom de votre père ^ D'un roi que vous pleurez, que vous devez chérir, Ma sœur, ne servez pas ceux qui l'ont fait périr; N'allez pas l'outrager sous le monument sombre; Dans le lit du tombeau laissez dormir son ombre. Jetez, Chrysosthémis , ces présens exécrés... Mais non; respectez l'air, l'air que vous respirez; Et que, pour Clytemnestre enfouis sous la terre, Ils ornent quelque jour son cercueil adultère. Agamemnon vous voit : les vœux de son courroux , De l'Olympe entendus , retomberaient sur vous ; Agamemnon trahi maudirait sa famille; Avec ses meurtriers il confondrait sa fille ! Est-ce à lui d'accueillir les dons des assassins ? Est-ce à vous d'en souiller vos innocentes mains ? Non, non, présentez-lui de plus dignes offrandes; Portez-lui vos cheveux arrondis en guirlandes; Ajoutez-y les miens, ou du moins leurs débris, Ma ceinture indigente , et ces lambeaux flétris , Présent humble, il est vrai, mais pur et légitime^ Dépouille du malheur et non trésor du crime. Nous offrirons l'encens et les dons précieux, Quand Oreste vainqueur purifîra ces lieux; De mon père vengé par un grand sacrifice
454 ELECTRE
Le tombeau deviendra l'autel de la justice; Et nous invoquerons ses mânes révérés Parmi les immortels dans Mycène adorés.
CHRYSOSTHÉMIS.
Je me rends, chère Electre, à ce vœu noble et tendre; Mon père vous inspire , il m'a semblé l'entendre : Courons le consoler dans la nuit du trépas.
ELECTRE
Je reconnais ma sœur. Accompagnez nos pas. Sujets d'Agamemnon, gémissantes familles, Sages vieillards , et vous , leurs épouses , leurs filles , Venez tous ; appelons par nos chants solennels La foudre qui repose au sein des immortels. Infaillible à frapper, mais tardive à descendre; Qu'elle s'éveille au cri de cette auguste cendre ; Et que notre vengeur nous soit enfin rendu , Egal aux demi-dieux dont il est descendu!
LE c H OE u R.
Ombre plaintive , ombre chère et sanglante , Roi des héros, célèbre en ces combats, Où tous les Grecs sur Pergame insolente Vengeaient l'affront de Ménélas.
En descendant de ton chat de victoire, Privé d'hotuieurs tu fus enseveli; Et ces vingt rois, compagnons de ta gloire, Laissent tes mânes dans l'oubli !