ACTE II, SCENE III
CLYTEMNESTRE
Oui, VOUS me l'arrachez cet horrible secret;
Mou forfait me poursuit : sensible et criminelle ,
La nature punit mon outrage envers elle.
Faut-il vous dévoiler tous les tourmens d'un cœur
Qui se débat en vain sous le remords vainqueur?
Vous pleurez sans effroi , mais il est d'autres larmes.
Un songe, hier encore, augmenta mes alarmes:
C était dans ces momens où la naissante nuit
Remplace un jour douteux qui baisse et qui s'enfuit;
Quand le premier sommeil sur la terre en silence
Vient effrayer le crime et calmer l'innocence,
Il me semblait d'Io parcourir les forêts,
Lieu sombre , lieu terrible , où parmi les cyprès
Agamemnon repose au fond d'un mausolée:
J'y vois son ombre errante et d'un crêpe voilée ,
Mais la couronne en tête, et dominant encor.
Sur le tombeau royal planter un sceptre d'or;
J'y vois Egisthe... hélas! j'ai dû le reconnaître.
Toucher, saisir le sceptre, et soudain disparaître.
Quand mes cris l'appelaient, 6 prodige nouveau !
A la place du sceptre un naissant arbrisseau
Sortit avec effort du milieu des ruines;
Des flots de sang humain fumaient dans ses racines:
Etendant tout-à-coup ses rameaux attérés ,
Ce faible rejeton, grandissant par degrés.
Bientôt roi des forêts, levant sa tête altière,
D'un ombrage imposant couvrit Mycène entière;
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Et, sous ce vaste abri, le peuple de ces lieux, L'encensoir à la main, remerciait les dieux.
ELECTRE
Ah! ma mère, écoutez leur volonté suprême: Ce naissant arbrisseau , c'est Oreste lui-même. Accordez un appui , maintenant précieux , A ses jeunes rameaux qui toucheront les ci eux. Celui d'Oreste un jour pourra vous être utile Contre Égisthe et le crime : il sera votre asile.
C LY T E M N E s T R E.
Vous insultez, Electre, à mes sens interdits. Que me proposez-vous î
ELECTRE
De rappeler un fils.
D'être encore une mère et d'oser le paraître; De ployer sous les Dieux, de les fléchir peut-être. Ayez pitié d'Oreste , et ne le craignez pas : Vous savez quel péril environne ses pas ; Hélénus le poursuit ; Mycène le réclame : Si le poids de la haine a fatigué votre ame, Oh! combien pour un fils errant, persécuté.^ Il est dur de haïr le sein qui fa porté ! Mon frère n'aura pas cet horrible courage. Moi-même, sous vos yeux subissant l'esclavage. J'étoufferai ces cris , ces transports douloureux Qu'un excès d'injustice arrache au malheureux : Vous n'entendrez de moi que le doux nom de mèr" Si vous aimez en cor, si vous sauvez mon frère.