SCENE PREMIERE
SALADIN
« Jl ouRQUOi marcher, dit-on , sans suite, sans escorte?» Pourquoi pas? «Mais l'usage! » On s'y fera. Qu'importe? « Un sultan! quel abus! » je ne sais point de loi Qui me force à traîner une cour après moi. Régner, régner toujours, s'ennuyer par décence, Se condamner sans cesse à la magnificence: Voilà les vrais abus. Mes sujets sont soumis ; Parmi les musulmans je n'ai que des amis ; Quelle main peut d'ailleurs changer les destinées? Celui qui nous fait naître a compté nos journées. Des traces d'incendie! ah! oui, c'est la maison De ce juif estimé pour ^ droite raison. Excepté les chrétiens, tout Solime le vante. Est-il vrai que sa fille, une fille charmante, Jusqu'ici de Moïse ait ignoré la loi?
Qu'elle révère un dieu, mais n'ait point d'autre foi? Eh bien , un dieu suffit : la nature l'atteste ; Notre cœur le révèle; il faut un dieu. Le reste... Le père est juif pourtant. Cet homme est singulier.