ACTE IV, SCÈNE I
M'accueille avec dédain d'un sourire homicide.
Moi, j'implore Cambyse; et, fort d'un tel appui,
J'affronte son vainqueur, et marche contre lui.
Nos glaives sont croisés dans l'étroite carrière.
Et font jaillir le feu, le sang et la poussière.
La fortune entre nous a long-temps balancé;
Et, sans l'avoir atteint, je suis deux fois blessé:
Il le voit, jette un cri, croit triompher, s'élance;
Alors mon glaive heureux, poussé par la vengeance,
Du terrible ennemi perçant le bouclier,
Dans son cœur inhumain se plongea tout entier.
Il tomba : fier encore, avide encor de gloire,
Ses regards expirans menaçaient ma victoire;
Il exhala son âme avec de longs sanglots;
Et l'Araxe, en grondant, le roula dans ses flots.
MANDANE
Je l'entends sans frémir! Quel étrange supplice! Son ascendant m'opprime et me rend sa complice.
ÉLÉWOR.
Non , je n'ai point cueilli de coupables lauriers ; Non, soupçonné par vous, j'en appelle aux guerriers. Faut-il enfin le dire? Ici, dans ce lieu même. J'ai méconnu du Roi la volonté suprême. Il osait m'ordonner de combattre Cyrus : Vous pourrez d'Astyage apprendre mes refus. J'ai triomphé pour vous; ma main fut toujours pure; Elle n'a point trahi , mais vengé la nature.
De surprise et d'effroi mon cœur est combattu. Quoi! chez un criminel l'accent de la vertu!
ÉLÉNOR.
Mon père à la vertu fut constamment fidèle; Formé par ses leçons, je l'ai pris pour modèle; Et, tandis que sur vous mes larmes ont coulé. J'ai vaincu les malheurs dont j'étais accablé. Ils cessaient près de vous, sont-ils près de renaître? Dans ce temple , aujourd'hui, je vous ai fait connaître Mon sort long -temps obscur, ma longue adversité; Vous m'écoutiez alors , et même avec bonté : Un intérêt touchant...
MANDATE.
L'intérêt le plus tendre.
Que j'éprouvais de joie à le voir, à l'entendre, A retrouver les traits du héros généreux. Du héros... ! L'avoûrai-je? En ces momens affreux, Ces traits, ces nobles traits que ma douleur adore, Sur son front, dans ses yeux, je les retrouve encore: Un seul de ses regards désarme ma fureur; Un seul de ses discours fait tressaillir mon cœur: Ses malheurs, ses exploits, son obscure naissance, Cet asile innocent, témoin de son enfance, Ce voile solennel qui couvre ses destins, Ses pas toujours errans en des climats lointains... Réveille-toi, Mandane, un vain songe t'abuse; Son père est Arbacès , Mitradatc l'accuse.