‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 3)Chapitre 58 sur 342 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CYRUS, MANDANE, ASTYAGE, gardes.

Eh bien, de vous, Mandane,ai-je eu tort de me plaindre .^^ Tandis qu'un vil mortel, vieilli dans l'art de feindre, De Cyrus en pleurant m'annonce le trépas, Cyrus est dans ces murs; vous ne l'ignorez pas. Il y vient de Memnon confirmer le présage; Mitradate me fuit; je ne vois point Harpage; Hors ce jeune guerrier , tout se cache à mes yeux. Mandane, on l'accusait d'un combat odieux; Auprès de vous pourtant je le retrouve encore.

MANDANE

Ah! seigneur, permettez que ma voix vous implore.

AS T Y AGE

Pour lui?

M AND ANE

Contre mon fils il ne s'est point armé.

ASTYAGE

Je reconnais Cyrus ; vos larmes l'ont nommé. Soldats !

MANDANE

N'ordonnez rien. Non; je dois le défendre. Lui mon fils ! vous croyez... seigneur , daignez m'entendre.

Mandane , au nom du ciel qui nous a réunis , Ne désavouez point que je suis votre fils. N'accusez point, seigneur, celle qui m'a fait naître: Mitradate à l'instant vient de me reconnaître. Vous avez tout pouvoir sur un infortuné, Que, même en son berceau, vous aviez condamné; Ainsi que mes destins j'ignorais ma disgrâce , Et jusques aux dangers répandus sur ma trace. Vous savez quel combat vous m'avez proposé; 11 était criminel , et je l'ai refusé.

J'aurais pu contre vous tenter une victoire; Elle m'aurait flétri; j'ai conservé ma gloire; Je redoute la honte et crains peu le trépas; Je l'ai bravé pour vous en guidant vos soldats. Si votre haine encore a besoin de ma tête, Ordonnez, je vous suis, votre victime est prête.

Mon empire ébranlé s'affermit en ce jour.

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