‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 3)Chapitre 63 sur 342 · ACTE V, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IL

Gardaient, en frémissant, un silence glacé. Tout se taisait. Bientôt le héros se présente; Sa démarche modeste en est plus imposante : Astyage l'accuse; aussitôt par des cris De lâches courtisans condamnaient votre fils ; Mais Harpage accourait, et, d'un regard tranquille, Interrogeant la foule inquiète, immobile: « Cyrus est menacé d'un arrêt odieux.

« Qui l'exécutera? Qui bravera les Dieux? « Qui combattra ce roi que vingt peuples attendent? « Qui frappera ce front que cent lauriers défendent? « Cyrus, persécuté, les a cueillis pour vous; « Il a vengé son père; il vous a vengés tous; « Il a Yen^è celui qui dicte la sentence. « Le voilà , le héros proscrit dès sa naissance ! « Le Roi voulait le perdre, et je l'ai conservé; « Au berceau, dans les camps, c'est moi qui l'ai sauvé; « Et voici le pasteur qui d'asile en asile « Traînait des nations l'espérance fragile. » Il dit : dans l'assemblée un long frémissement S'élève à ce discours , et grossit lentement ; Il éclate; on s'émeut; le Roi pâlit; Harpage Me conduit vers Cyrus, m'appelle en témoignage. On s'attendrit: mes pleurs, mes récits, mes sermens, Ces cheveux blancs, ce front, ces simples vêtemens, Ce maintien, cet accent que n'a pas l'imposture. Ce ton naïf qu'inspire et que sent la nature. Les regards du héros, tant d'exploits, de succès,

Cambyse respirant dans chacun de ses traits:

Tout parle en sa faveur, tout, jusqu'à votre absence;

Et, pareil au tonnerre, un cri puissant s'élance:

c( Vivent, vivent Mandane et son généreux fils!

« Vive et règne Cyrus que les Dieux ont promis! »

La cour abandonnait le Roi dans sa disgrâce;

Sa garde était fidèle, et tentait la menace;

Mais par un cri nouveau le peuple a répondu;

Il annonçait le trouble et du sang répandu;

Ce jour allait finir sous un horrible auspice.

Un seul, un seul guerrier nous l'a rendu propice.

Accourant près du Roi, jetant de toutes parts

Ce coup-d'œil assuré qui commande aux hasards;

Terrible, et balançant la foudroyante épée

Que du sang ennemi deux héros ont trempée :

Respectez Astyage; immolez son appui,

Dit-il, frappez Cyrus.

MA^NDANE.

Quoi! c'était...

MITR \DATE.

C'était lui; Lui, qui seul apaisait et le peuple et l'armée, Comme on voit tout-à-coup la tempête calmée. Quand l'astre bienfaisant qu'adore l'Univers Vient réjouir les cieux, et planer sur les mers.

MANDANE

Ah! je n'ai plus de crainte, et Mandane est contente.

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