‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 3)Chapitre 7 sur 342 · I. A Paris, chez la veuve Perioneau, 18x8; iu · texte numérisé non relu

I. A Paris, chez la veuve Perioneau, 18x8; iu

X ]>fOTICE

Voltaire lui-menu; avait donné place dans son Dictiotniaire j)hiloso|)hic]ue an discours de Rulhière sur les Disputes. Nous croyons qu'en effet Voltaire eut dit de ces vers de Cliénier encore plus que de ceux de Rulhière : « Voilà des vers comme « on en faisait dans le bon temps. »

La Hollande affranchie du joug espagnol était \c sujet d'un poëme épique en dix livres, qui, entrepris en 1806, n'aurait pu être achevé qu'en 181 5, et qui demeurait interrompu toutes les fois que le poète, dont la santé s'affaiblissait de jour en jour, perdait l'espoir d'atteindre à ce terme. 11 se promettait de finir an moins un poëme didactique, qui ne devait avoir que quatre chants, mais dont il n'a pu terminer que le premier. Il osait y traiter de la théorie générale des beaux arts, des principes qui leur sont communs à tous, des formes et des méthodes qui doivent demeurer propres à chacun d'eux. Il avait déjà publié un discours en vers sur les poèmes descriptifs; et il se proposait d'examiner si la raison et le bon goût admettent un genre romantique.

C'est, comme on voit, un recueil très-riche et très-varié que celui des poésies diverses de Chénier : il s'en faut pourtant que nous indiquions ici tous les morceaux qui le composent, ni tous ceux qui resteraient à y joindre. Les amis des lettres et de la liberté y ont distingué l'élégie intitulée la Promenade, composée en i8o5 : peinture fidèle et touchante des sentiments politiques de l'auteur, de son patriotisme inaltérable, et de l'horreur que lui inspirait la tyrannie sous laquelle géipissait alors la France.

Ses écrits en prose peuvent se diviser en trois parties dont la première est comprise, sauf les morceaux que l'on n'a pu rccovivrer, dans un volume publié eu 1818, sous le titre de Fragments de littérature \ On y trouve un discours, imprimé en 1801, sur les progrès des connaissan,ces en Europe, et de l'enseignement public en France. Quoique ce discours

r. A Paris, ohez, Maradaii ; iii-8'\

SUR M.-J. GHENIER. xi

ait été prononcé à une distribution de prix , ce n'est ni une liaranjj;ue de collège, ni un tissu de vaincs formules, de complimens académiques et d'exhortations banales : c'est un éloquent morceau d'histoire littéraire, et véritablement un modèle de l'art d'instruire, qui n'est au fond que celui d'agrandir l'esprit des élèves, de l'enrichir d'idées précises, mûres et profondes. Mais l'histoire des lettres avait tant d'attrait pour Chénier que depuis il en voulut faire l'objet d'un travail beaucoup plus étendu. Les discours qu'il a lus à l'Athénée de Paris contenaient la première partie d'un Tableau historique de la littérature française : il y traçait l'histoire de la langue et des divers genres de poésie et de prose depuis le onzième siècle jusqu'à l'avènement de François P^. Le seizième, le dix-septième et le dix-huitième siècles devaient fournir la matière des trois autres parties. Une excellente introduction expose le plan de tout l'ouvrage, et en indique même les principaux résultats. Les leçons qui concernent tes fabliaux et les anciens romans français sont les seules qui aient été imprimées en entier. Celles qui avaient pour objet les chroniques, les histoires, les poèmes, les mystères, et les autres productions dramatiques antérieures à l'année i5i5, ne sont point assez complètes dans les copies qu'il a été jusqu'ici impossible d'en recouvrer. Toutes ces leçons étaient d'un grand intérêt, malgré quelques inexactitudes ou même quelques erreurs que Chénier n'avait pas eu le temps d'éviter. Il se proposait de vérifier plus à loisir certains détails obscurs et d'une faible importance, auxquels il n'avait guère pu donner que l'attention qu'ils méritent. Il s'était du moins assuré, par beaucoup de lectures et de recherches, de la vérité des résultats essentiels. Nous oserons dire qu'il les a mieux saisis, et surtout mieux présentés que n'ont fait jusqu'à présent ceux qui ont attaché un prix extrême à des particularités aussi indifférentes que problématiques. L'érudition est sans contredit indispensable dans ces matières; mais elles réclament encore plus, pour être utilement traitéç* , les lumières de la philosophie.

Page 1