‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 3)Chapitre 83 sur 342 · ACTE II, SCENE IL ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL ii

Occupaient tout entier votre cœur généreux, Ce cœur digne en effet d'un destin plus heureux. Quand vous êtes chéri du peuple et de l'armée , Quand ce palais est plein de votre renommée, Quand tous les Castillans célèbrent vos exploits. D'un amour sans espoir vous écoutez la voix! A pleurer un héros voulez-vous les contraindre? On vous admire; hélas! faut-il encor vous plaindre?

CARLOS

Qu'importent ces lauriers, ce renom d'un vainqueur? Tout ce fragile éclat n'a pu remplir mon cœur. Un rival sans espoir, mais redouté peut-être. Importunait les yeux d'un époux et d'un maître : On m'éloigna de vous. Facile à me tromper. Moi-même, au sein des camps, j'ai cru vous échapper; jMais l'amour en tous lieux est l'air que je respire; Dans les camps, loin de vous, j'ai subi votre empire. Vos traits , ces traits charmans dans mon âme imprimés, Partout venaient s'offrir à mes sens enflammés; Votre image des nuits peuplait le noir silence; Votre image aux combats animait ma vaillance; Dans les rangs éclaircis je suivais sans effroi Cet ange protecteur qui marchait devant moi; Le nom d'Elisabeth inspirait mon armée ; Vous étiez tout pour moi: l'Etat, la renommée. Lorsqu'au milieu des morts et du sang et des cris. Blessé, je combattais entouré de débris. Présente, à mes dangers vous paraissiez sensible;

OEuvres posthumes. I. O

ii4 PHILIPPE IL

Vos regards attendris me rendaient invincible; Sur le Maure indompté vous dirigiez mes coups ; Je vous offrais mon sang, je le versais pour vous.

ELISABETH

Le Ciel dont la bonté veille sur votre vie N'a point voulu souffrir qu'elle vous fût ravie : Il vous donna la gloire, il vous rend à mes vœux; Vous revenez vainqueur : revenez donc heureux. Dun triomphe si beau connaissez mieux les charmes. Qui n'a pas ses chagrins? Qui ne répand des larmes? Mais un prince à l'État doit souvent s'immoler. Adieu. Puissent nos soins un jour vous consoler! Mon cœur vous est connu ; vous en devez attendre L'intérêt le plus pur, l'amitié la plus tendre;* Mais ne préparons plus , durant nos entretiens , Vos malheurs, ceux d'un père, et peut-être les miens.

(Elle sort.) CARLOS.

Les vôtres! Non, jamais; je saurai me contraindre; Non, ce n'est point à vous qu'il appartient de craindre. Mon destin sur moi seul pèsera tout entier.

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