‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 144 sur 243 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CHARLES, CATHERINE, HENRI, LORRAINE

GUISE; COURTISAIVS , gardes, pages avec des flambeaux.

CATHERINE

Venez , Vengeurs du Ciel , Soutiens de votre maître.

LORRAINE

Le ciel est satisfait : Coligni fut un traître.

HENRI

Lui? Coligni !

GUISE

Lui-même; et son cœur dès long-tems Méditait...

HENRI

Il est mort : n'êtes -vous pas contens ? Vous regorgez ; cruels , et votre bouche impie Ose encore attenter à l'éclat de sa vie ! Vous lui rendez justice: un nom si glorieux A mérité l'honneur de vous être odieux. Voilà donc les héros, les soutiens de la France ! Quelle exécrable joie ! ou quelle indifférence ! Quoi ! je fais dans ce Louvre éclater mes douleurs , Sans trouver un Français qui réponde à mes pleurs î

CATHERINE

D'un indigne regret si votre âme est atteinte, Du moins...

^66 CHARLES ÏX.

HENRI

N'attendez plus de servile contrainte:

Cet art, à nos Français si long-tems étranger, De flatter sa victime avant de l'égorger. Que ne le laissiez- vous au fond de l'Italie, Cruelle? ainsi par vous la France est avilie! Ainsi vous flétrissez le nom de Médicis , Vous renversez nos lois , vous perdez votre fils ! Et vous, de vos sujets destructeur inflexible, Roi d'un peuple vaillant, bon, généreux, sensible, Vous vous rendez l'effroi de ce peuple indigné. Et, sur le trône assis, vous n'avez point régné. D'un forfait sans exemple infortuné complice. Vous n'éviterez pas votre juste supplice : Il commence; et je vois dans vos yeux égarés Le désespoir des cœurs en secret déchirés. Eh bien ! vous n'avez fait que la moitié du crime : Je respire; il vous reste encore une victime: Prenez-la. Mais bientôt le Ciel va vous punir ; A vos sujets proscrits le Ciel va vous unir; Votre front est marqué du sceau de sa colère ; Un repentir tardif vous parle et vous éclaire. Ce sentiment affreux, précipitant vos jours. Au sein des voluptés en corrompra le cours ; Vous craindrez, et la France, et vous-même, et la vie; A Coligni mourant vous porterez envie; Le sommeil, ce seul bien qui reste aux malheureux, N'interrompra jamais vos ennuis douloureux.

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