LE CARDINAL DE LORRAINE, LE DUC DE GUISE
LE CARDINAL
Les suis-tu chez le Roi ?
LE DUC
Pour y voir ce héros qui l'emporte sur moi ! Celui qui m'a ravi la main de Marguerite! Et tous ces protestans accueillis à sa suite ! Voilà bien des affronts! c'en est trop; mais, enfin ^
3o4 CHARLES IX.
Rien ne s'oppose plus à notre grand dessein :
G est le jour du carnage.
LE CARDINAL
Il faut , avec prudence , De l'intérêt commun voiler notre vengeance. Le Roi, dit-on, le Roi veut retarder les coups : Ce n'est pas lui qui règne; et la France est à nous. Avec nous Médicis elle-même conspire ,• Tout s'émeut, tout s'unit pour nous jeter l'empire. Ce sceptre chancelant va tomber en tes mains; Et j'avais dès long-tems présagé tes destins. J'ai vu mourir ton père au sein de la victoire; Et, sans le vieux rebelle, ennemi de sa gloire, 11 eût osé peut-être... Hélas! il ne vit plus; Mais tu me rends son nom, ses projets, ses vertus. Sois en tout comme lui : deviens plus populaire ; Fléchis pour gouverner; on t'admire: il faut plaire. Tu fais trop répéter que tes nobles aïeux Etaient maîtres ailleurs , mais sujets en ces lieux.
LE DUC
Eh ! qui peut maintenant vous causer tant d'alarmes ? Du plus bel avenir, ah ! goûtez mieux les charmes : Partout des courtisans qu'il ne faut qu'acheter. Ne sachant que se vendre, et servir, et flatter. Appuis , sans le savoir, de mes grandeurs futures , Ou se comptant déjà parmi mes créatures. Je crains peu les Valois. Je crains peu Médicis : Je ne l'estime point. Je plains le Roi son fils. Ces lieux n'invitent pas à parler sans mystère; Mais, si, tout bas, du moins, on peut être sincère. Vous ne 1 ignorez pas : il est fait pour céder ; Elle pour obéir, en croyant commander.